Les bases de la grammaire mongole

Le mongol passe pour impossible. Il est surtout construit à l’envers du français. Le verbe ferme la phrase, nos prépositions sont devenues des suffixes collés au nom, et rien ne s’accorde : ni genre, ni article, ni terminaison de conjugaison par personne. Tout ce qui occupe les deux premières années d’un cours d’allemand ou d’espagnol n’existe pas ici. Ce qui reste tient dans une quinzaine de mécanismes réguliers, et cette page les donne tous : les cas en tableau, la règle qui choisit la forme d’un suffixe, les terminaisons du verbe, la négation, la question, vingt-six phrases décomposées mot à mot et transcrites, et huit exercices corrigés. Comptez deux soirées pour lire, quelques semaines pour que ce soit un réflexe.

Six principes qui expliquent presque tout

Avant le détail, le squelette. Ces six principes ne souffrent presque aucune exception, et ils suffisent déjà à décoder un panneau ou une phrase courte.

PrincipeConséquence pratique
Le verbe est en dernierSi vous décrochez avant la fin, vous perdez le temps, la négation et la question d’un coup.
Le mongol est agglutinantUn mot écrit peut valoir une phrase française entière : on empile les suffixes sur une racine qui ne change pas.
Pas de prépositions, des suffixes« à », « de », « avec », « sans », « vers » sont collés à la fin du nom. Il n’y a aucun petit mot à placer devant.
Ni genre, ni article, ni accordUn nom a une seule forme de base. Un adjectif ne bouge jamais. Un verbe ne distingue pas je, tu, il.
Le déterminant précède le déterminé« la vallée de l’Orkhon » se dit « Orkhon-de vallée ». L’inverse est incompréhensible.
La forme du suffixe suit les voyelles du motUn même suffixe a deux à quatre habillages. C’est l’harmonie vocalique, et c’est mécanique.

Une précision utile avant d’aller plus loin : ce que décrit cette page est le khalkha, la langue standard de l’État mongol, enseignée à l’école et parlée dans les médias. Elle est comprise partout dans le pays, y compris là où on parle un parler local ; voyez les dialectes du mongol. Dans l’extrême ouest, autour de Bayan-Ölgii, vous entendrez en plus le kazakh, qui n’est pas un dialecte du mongol mais une langue d’une autre famille : grammaire voisine, vocabulaire différent.

Le verbe arrive en dernier

L’ordre canonique est sujet, complément, verbe. Décomposons :

MongolMot à motFrançais
Би Улаанбаатарт байна
bi Ulaanbaatart baina
moi · Oulan-Bator-à · suisJe suis à Oulan-Bator.
Би Францаас ирсэн
bi Frantsaas irsen
moi · France-depuis · venuJe viens de France.
Би махтай хоол авмаар байна
bi makhtai khool avmaar baina
moi · viande-avec · plat · prendre-vouloir · suisJe voudrais un plat avec de la viande.

Deux conséquences qui comptent dès le premier jour. D’abord, l’information décisive est au bout : la même phrase devient négative, interrogative ou passée par un changement de la dernière syllabe seulement. Ensuite, dans un groupe de mots, tout ce qui précise arrive avant ce qui est précisé. L’adjectif précède le nom et ne s’accorde pas : сайн хүн (sain khün), « bonne personne », et сайн хүмүүс (sain khümüüs) au pluriel, avec le même сайн. Le possesseur précède le possédé : Орхоны хөндий (Orkhony khöndii), la vallée de l’Orkhon ; Хөвсгөл нуурын зүүн эрэг (Khövsgöl nuuryn züün ereg), la rive est du lac Khövsgöl. Ce mécanisme explique la quasi-totalité des toponymes mongols : voyez comment lire un nom de lieu mongol.

L’ordre entre les compléments, lui, est relativement libre, parce que les suffixes de cas disent déjà qui fait quoi. Seule la position du verbe est intouchable.

Choisir la bonne forme d’un suffixe : l’harmonie vocalique

C’est la règle qu’il faut comprendre avant les cas, parce qu’elle commande leur forme. Les voyelles mongoles se répartissent en deux groupes qui ne se mélangent pas dans un même mot, plus une voyelle neutre. La tradition grammaticale mongole les appelle « masculines » et « féminines » ; la phonétique moderne parle de position de la racine de la langue, ce qui ne change rien à la pratique.

GroupeVoyellesForme du suffixeExemple
Arrière, non arrondiа, уen амашин → машинаар (en voiture)
ус → усаар (avec de l’eau)
Arrière, arrondiоen оонгоц → онгоцоор (en avion)
Avant, non arrondiэ, үen эхэл → хэлээр (dans une langue)
Avant, arrondiөen өхөл → хөлөөр (à pied)
Neutreиsuit le reste du mot ; en а si elle est seuleангли → англиар (en anglais)

La méthode de lecture est simple : cherchez la dernière voyelle non neutre du mot, et habillez le suffixe du même groupe. Un seul arrondissement compte, celui de о et de ө ; у et ү n’arrondissent pas le suffixe, ce qui explique усаар et non « усоор ». Et les voyelles longues ou doubles d’un suffixe ne sont pas un ornement : en mongol la longueur distingue des mots entiers, donc une voyelle écrite deux fois se tient deux fois plus longtemps. Sur ce point précis, le livre ne remplace pas l’oreille : voyez prononcer le mongol sans devenir incompréhensible.

Les cas, ou plutôt les suffixes de cas

On en compte de sept à neuf selon les grammaires. Sept sont hors de discussion : nominatif, génitif, accusatif, datif-locatif, ablatif, instrumental, comitatif. Les deux autres, le directif en руу / луу et le privatif en -гүй, ne sont pas toujours rangés dans le paradigme ; le tableau ci-dessous les donne tous les deux, parce qu’ils servent au voyageur plus souvent que l’accusatif. Le désaccord est une affaire de classement, pas de langue : les suffixes sont les mêmes, et il n’y a aucune déclinaison à apprendre par cœur, aucune liste d’exceptions comme en allemand ou en russe. Une racine, un suffixe, une variante vocalique.

CasSuffixe et variantesSensExemple
Nominatifaucunsujet, forme de dictionnaireном (nom), un livre / le livre
Génitif-ын, -ийн, -ны, -ний, -гийнde, appartenanceМонголын (de la Mongolie), багшийн (du professeur), ширээний (de la table)
Accusatif-ыг, -ийг, -гcomplément d’objet identifiéномыг (ce livre-là), намайг (moi)
Datif-locatif-д, -т, -ад / -од / -өд / -эд, -ндà, dans, chez, pourМонголд (en Mongolie), Улаанбаатарт (à Oulan-Bator), гэрт (à la maison)
Ablatif-аас, -оос, -ээс, -өөсde, depuis, à partir deМонголоос (de Mongolie), Хөвсгөлөөс (depuis le Khövsgöl)
Instrumental-аар, -оор, -ээр, -өөрau moyen de, en, parонгоцоор (en avion), монголоор (en mongol)
Comitatif-тай, -той, -тэйavec, qui aмахтай (avec de la viande), сүүтэй (avec du lait)
Privatif
pas toujours compté comme un cas
-гүйsans, qui n’a pasмахгүй (sans viande), сахаргүй (sans sucre)
Directif
pas toujours compté comme un cas
руу, рүү, луу, лүүvers, en direction deХөвсгөл рүү (vers le Khövsgöl), Улаанбаатар луу (vers Oulan-Bator)

Quatre remarques pour s’en servir vraiment.

  • Le génitif sert bien plus qu’à dire « de ». C’est lui qui relie deux noms, donc il est partout : dans les toponymes, dans les enseignes, dans les titres officiels. Si vous voyez un -ын ou un -ийн, attendez un autre nom derrière.
  • L’accusatif est souvent absent, et ce n’est pas une faute. Le mongol ne marque obligatoirement que l’objet identifié : « je prends de l’eau » se dit Би ус авна, sans suffixe, alors que « je prends cette eau-là » prendra -ыг. Pour le voyageur, c’est une bonne nouvelle : laisser l’objet nu passe presque toujours.
  • Le directif s’écrit détaché. Хөвсгөл рүү en deux mots, parce que c’est le plus récent des cas et qu’il n’a pas encore été soudé par l’orthographe. On emploie луу / лүү après un mot terminé par р, et руу / рүү partout ailleurs.
  • Le privatif en гүй n’est pas qu’un cas : le même гүй sert à nier un verbe, ce qui en fait la syllabe la plus rentable de toute la langue.

Le suffixe que vous emploierez le plus : -д / -т

Le datif-locatif dit à la fois « à », « dans », « chez » et « pour ». Son choix entre -д et -т dépend de la fin du mot, et la règle tient en trois lignes :

  • -д après une voyelle et après л, м, н : Монголд, Хөвсгөлд, ресторанд, зочид буудалд (à l’hôtel), эмийн санд (à la pharmacie).
  • -т après г, к, с et après la plupart des mots en в et р : Улаанбаатарт (à Oulan-Bator), гэрт (à la maison, sous la yourte).
  • Après les autres consonnes, on insère une voyelle d’appui conforme à l’harmonie : -ад, -од, -өд, -эд. Ainsi Эрдэнэт donne Эрдэнэтэд, « à Erdenet ». Et les noms à « n instable » prennent -нд : ширээ → ширээнд, sur la table, à table.

Si vous hésitez, dites -д. Un -д à la place d’un -т ne gêne pas la compréhension ; oublier le suffixe, en revanche, laisse votre interlocuteur sans indication de lieu.

Les deux suffixes à retenir avant tous les autres

-тай / -той / -тэй et -гүй valent de l’or devant une carte et dans une cantine. Ils transforment n’importe quel nom en adjectif : махтай, « carné » ; махгүй, « sans viande » ; сүүтэй цай, le thé au lait ; сүүгүй цай, le thé sans lait ; жолоочтой, « avec chauffeur ». Deux syllabes vous font passer un repas entier. Voyez lire un menu en mongol et, si vous ne mangez pas de viande, être végétarien en Mongolie.

Les postpositions remplacent nos prépositions

Quand un suffixe ne suffit pas, le mongol ajoute un mot — mais il le place derrière le nom. La plupart de ces postpositions se construisent sur le génitif ou sur le nom nu.

PostpositionSensExemple
дээрsur, àширээн дээр, sur la table
доорsousширээн доор, sous la table
доторdans, à l’intérieur deгэр дотор, dans la yourte
дэргэд, хажуудà côté deмузейн дэргэд, à côté du musée
өмнөdevant, avantгэрийн өмнө, devant la yourte
хойноderrière, aprèsуулын хойно, derrière la montagne
хоорондentreхоёр хотын хооронд, entre les deux villes
хүртэлjusqu’àХархорин хүртэл, jusqu’à Kharkhorin
дарааaprèsхоолны дараа, après le repas
тухайau sujet deМонголын тухай, à propos de la Mongolie
төлөөpour, en faveur deтаны төлөө, pour vous
шигcommeмонгол хүн шиг, comme un Mongol

Notez le réflexe à prendre : en français, le mot de liaison annonce ce qui vient ; en mongol, il conclut. « à côté du musée » devient « musée-du côté ». Tant que vous attendez un petit mot devant, vous ne comprenez rien ; dès que vous attendez un mot derrière, la phrase s’ouvre.

Le pluriel est facultatif

Un nom mongol sans marque peut désigner un ou plusieurs objets. Le pluriel ne s’emploie que lorsqu’il apporte quelque chose, et il disparaît systématiquement après un nombre : гурван өдөр (gurvan ödör), littéralement « trois jour ». Quand il apparaît, il prend une forme parmi plusieurs :

MarqueExemple
-ууд / -үүдхот → хотууд, des villes ; ээж → ээжүүд, des mères
-нууд / -нүүднүд → нүднүүд, des yeux
-чууд / -чүүдбага → багачууд, les petits
-дхаан → хаад, les khans
нар, mot séparéбагш нар, les professeurs ; та нар, vous autres
-сүг → үгс, des mots
irrégulierхүн → хүмүүс, des gens

Pour le voyageur, la conclusion est confortable : n’essayez pas de mettre au pluriel. Vous serez compris sans, et vous éviterez une forme fausse. Sur le comptage lui-même, les dizaines et la lecture d’un prix à l’oral, voyez les chiffres et les nombres en mongol.

Les pronoms, et le verbe « avoir » qui n’existe pas

Les pronoms personnels se déclinent comme des noms, à ceci près que plusieurs changent de racine aux cas obliques : би devient над-, чи devient чам-, та devient тан-.

FrançaisSujetGénitifAccusatifDatif
jeбиминийнамайгнадад
tu (proches)чичинийчамайгчамд
vous (poli)татанытаныгтанд
il, elle, celaтэртүүнийтүүнийгтүүнд
nousбидбиднийбиднийгбидэнд
euxтэдтэднийтэднийгтэдэнд

Deux points pratiques. D’abord, та est le vouvoiement, et c’est la forme à utiliser avec tout adulte que vous ne connaissez pas : un chauffeur, un garde de parc, un hôte sous la yourte. чи est réservé aux proches et aux enfants ; l’employer avec un inconnu est le faux pas le plus courant des francophones, détaillé dans les formules de politesse en mongol.

Ensuite, il n’y a pas de verbe « avoir ». La possession s’exprime par le datif plus le verbe « être » : Надад машин байна, littéralement « chez moi voiture est », pour « j’ai une voiture ». Et à la forme négative, Надад төгрөг байхгүй, « je n’ai pas de tugriks ». La possession d’un nom par un autre nom, elle, passe par le génitif, ou par une particule placée derrière : ном минь, « mon livre ». Quand le possesseur est le sujet de la phrase, le mongol préfère un suffixe réfléchi, -аа / -ээ / -оо / -өө, qui veut dire « le sien propre ».

Le verbe : une poignée de terminaisons suffit

Le verbe ne porte aucune marque de personne : la même forme vaut pour je, tu, il, nous, vous, ils. Ce que la terminaison porte, c’est le temps, l’aspect et parfois la manière dont le locuteur sait ce qu’il dit. Voici le verbe явах, « aller, partir », et идэх, « manger », sur les formes vraiment utiles.

TerminaisonValeurявахидэх
-хforme de dictionnaire, et futurявахидэх
-на / -но / -нэ / -нөprésent-futur, intentionявна, je pars / je partiraiиднэ
-ж / -ч байнаen train deявж байна, je suis en routeидэж байна
-даг / -дог / -дэг / -дөгhabitude, vérité généraleявдаг, j’y vais d’habitudeиддэг
-сан / -сон / -сэн / -сөнpassé, le plus courantявсан, je suis partiидсэн
-лаа / -лоо / -лээ / -лөөpassé récent, constatявлаа, voilà, c’est partiидлээ
-маар / -моор / -мээр / -мөөр байнаvouloir, désirerявмаар байна, je voudrais partirидмээр байна
racine nueimpératif direct, secяв ! va !ид !
-аарай / -оорой / -ээрэй / -өөрөйimpératif poli, demandeяваарай, allez-y je vous prieидээрэй

Trois choses à en retenir. La forme en -аарай est votre politesse : le mongol n’a pas de « s’il vous plaît » autonome, et c’est cette terminaison qui joue ce rôle. Суугаарай, « asseyez-vous » ; Уучлаарай, « excusez-moi ». Deuxièmement, une racine nue est un ordre brut : яв ! ou ид ! sont parfaitement grammaticaux et parfaitement brutaux. Allongez la voyelle finale ou ajoutez la terminaison polie, et vous passez de l’ordre à l’invitation.

Troisièmement, beaucoup de mots que vous apprendrez comme des blocs sont en réalité des verbes conjugués. Баярлалаа, « merci », c’est le verbe баярлах, « se réjouir, être content », à la forme en -лаа : « j’ai été content ». Сайн байна уу, « bonjour », c’est « bien êtes-vous ? ». Voir ces mots comme des phrases vous évite de les apprendre deux fois, et vous permet de les décliner : voyez saluer et se présenter en mongol.

Le verbe « être », байх, mérite son paragraphe. байна pour le présent, байсан pour le passé, байдаг pour l’habituel, байхгүй pour la négation. Байхгүй veut dire à la fois « il n’y en a pas » et « absent » ; c’est probablement le mot que vous entendrez le plus souvent en province, et le comprendre vous épargne dix minutes de malentendu à chaque fois.

Dire non : -гүй, биш, үгүй, битгий

Quatre outils, quatre emplois qui ne se mélangent pas.

  • -гүй se colle au verbe pour nier une action : Би мах иддэггүй (bi makh iddeggüi), « je ne mange pas de viande » ; Би ойлгохгүй байна, « je ne comprends pas » ; Би явахгүй, « je ne partirai pas ». Au passé, la négation prend la forme -сангүй : Би ойлгосонгүй, « je n’ai pas compris ».
  • биш nie un nom ou un adjectif, et sert de « ne pas être » : Би багш биш, « je ne suis pas professeur » ; Тийм биш, « ce n’est pas ça ».
  • үгүй est le « non » isolé, celui qu’on répond. Son contraire est тийм, « oui ».
  • битгий, et sa forme soutenue бүү, font l’interdiction : elles se placent devant le verbe à l’impératif.

L’erreur classique est de nier avec биш ce qui est un verbe, ou de poser un -гүй sur un nom. Retenez la frontière : un verbe se nie par la fin, un nom se nie par un mot qui le suit.

Poser une question : une particule à la fin

Il n’existe pas de « est-ce que », pas d’inversion du sujet, pas de changement d’ordre des mots. Une question mongole, c’est une affirmation plus une syllabe à la fin.

ParticuleQuandExemple
уу / үүquestion fermée, après une consonne ou une voyelle finale brève ; le groupe vocalique du mot décide entre les deuxУс байна уу ? (us baina uu) Y a-t-il de l’eau ?
Тийм үү ? (tiim üü) C’est bien ça ?
юу / юүquestion fermée, après une voyelle longue ou une diphtongue finaleБайгаа юу ? (baigaa yuu) Y en a-t-il ?
вэquestion ouverte, après une voyelle et après toutes les consonnes sauf в, л, м, нЭнэ юу вэ ? (ene yuu ve) Qu’est-ce que c’est ?
бэquestion ouverte, après в, л, м, нТа хаанаас ирсэн бэ ? (ta khaanaas irsen be) D’où venez-vous ?

Le partage entre уу et юу se joue sur la longueur de la dernière voyelle, et c’est là que les francophones trébuchent. байна, qui finit sur un а bref, prend уу : Сайн байна уу ? байгаа, qui finit sur un аа long, prend юу. Et un mot terminé par une consonne prend toujours уу ou үү, jamais юу : Тийм se termine par м, donc Тийм үү ? et non « Тийм юу », qui se lirait « tel quoi » puisque юу est aussi le mot « quoi ». Dans le doute, dites уу ou үү : c’est la forme que vous entendrez vingt fois par jour.

Les mots interrogatifs, eux, se placent là où tomberait la réponse, et non en tête de phrase : юу (quoi), хэн (qui), хаана (où), хэзээ (quand), яагаад (pourquoi), яаж (comment), ямар (quel, quelle sorte de), хэд et хэдэн (combien). Dès qu’un de ces mots est présent, la phrase se termine par вэ ou бэ, jamais par уу. Ces deux moules reviennent sans arrêt, du marchandage à la demande de chemin.

Vingt-six phrases décomposées mot à mot

La grammaire se retient par les phrases, pas par les tableaux. Celles-ci couvrent presque tout ce qui précède, et chacune est donnée en cyrillique avec sa transcription, pour que vous puissiez l’essayer à l’oral avant d’avoir fini l’alphabet. Lisez la colonne du milieu : c’est là que la mécanique devient visible.

Mongol et transcriptionMot à motFrançais
Сайн байна уу ?
sain baina uu
bien · être-présent · questionBonjour.
Баярлалаа.
bayarlalaa
se.réjouir-passé.récentMerci.
Тийм. / Үгүй.
tiim / ügüi
ainsi / nonOui. / Non.
Уучлаарай.
uuchlaarai
pardonner-impératif.poliExcusez-moi.
Би ойлгохгүй байна.
bi oilgokhgüi baina
moi · comprendre-sans · suisJe ne comprends pas.
Би ойлгосонгүй.
bi oilgosongüi
moi · comprendre-passé-sansJe n’ai pas compris.
Би монголоор ярьдаггүй.
bi mongoloor yardaggüi
moi · mongol-en · parler-habituel-sansJe ne parle pas mongol.
Та англиар ярьдаг уу ?
ta angliar yardag uu
vous · anglais-en · parler-habituel · questionParlez-vous anglais ?
Намайг Пьер гэдэг.
namaig Pier gedeg
moi-accusatif · Pierre · appeler-habituelJe m’appelle Pierre.
Таныг хэн гэдэг вэ ?
tanyg khen gedeg ve
vous-accusatif · qui · appeler-habituel · questionComment vous appelez-vous ?
Би Францаас ирсэн.
bi Frantsaas irsen
moi · France-depuis · venuJe viens de France.
Та хаанаас ирсэн бэ ?
ta khaanaas irsen be
vous · où-depuis · venu · questionD’où venez-vous ?
Би Улаанбаатарт байна.
bi Ulaanbaatart baina
moi · Oulan-Bator-à · suisJe suis à Oulan-Bator.
Энэ юу вэ ?
ene yuu ve
ceci · quoi · questionQu’est-ce que c’est ?
Энэ хэд вэ ?
ene khed ve
ceci · combien · questionCombien ça coûte ?
Ус байна уу ?
us baina uu
eau · être · questionY a-t-il de l’eau ?
Бие засах газар хаана байдаг вэ ?
bie zasakh gazar khaana baidag ve
corps · arranger · lieu · où · être-habituel · questionOù sont les toilettes ?
Жолооч хаана байна вэ ?
jolooch khaana baina ve
chauffeur · où · est · questionOù est le chauffeur ?
Хархорин хүртэл хэдэн цаг вэ ?
Kharkhorin khürtel kheden tsag ve
Kharkhorin · jusqu’à · combien · heure · questionCombien d’heures jusqu’à Kharkhorin ?
Хэзээ явах вэ ?
khezee yavakh ve
quand · partir · questionQuand part-on ?
Хөвсгөл рүү явна.
Khövsgöl rüü yavna
Khövsgöl · vers · aller-présent.futurJe vais vers le Khövsgöl.
Би мах иддэггүй.
bi makh iddeggüi
moi · viande · manger-habituel-sansJe ne mange pas de viande.
Махгүй хоол байна уу ?
makhgüi khool baina uu
viande-sans · plat · être · questionY a-t-il un plat sans viande ?
Би цай авмаар байна.
bi tsai avmaar baina
moi · thé · prendre-vouloir · suisJe voudrais du thé.
Надад төгрөг байхгүй.
nadad tögrög baikhgüi
à.moi · tugrik · être-sansJe n’ai pas de tugriks.
Суугаарай.
suugaarai
s’asseoir-impératif.poliAsseyez-vous.

Apprenez-en six, pas vingt-six, et apprenez-les avec leur découpage. Vous constaterez vite que vous pouvez en fabriquer d’autres en changeant un seul mot : Ус байна уу devient Цай байна уу, Бензин байна уу, Интернет байна уу. C’est tout l’intérêt d’une langue à suffixes. Pour les situations qui demandent une réponse immédiate, voyez se faire comprendre en urgence en mongol et au restaurant en mongol.

Les pièges propres aux francophones

Ils ne viennent presque jamais du mongol. Ils viennent de ce que nous y projetons.

  • Chercher un mot pour « à », « de », « avec ». Il n’y en a pas. Tant que vous attendez une préposition, vous entendez une bouillie ; dès que vous écoutez la fin des mots, la phrase se découpe.
  • Calquer l’ordre français. « Je vais à Oulan-Bator » donne Би Улаанбаатар луу явна, et non l’ordre français avec le verbe au milieu. Un Mongol finira par comprendre, mais c’est la faute qui fatigue le plus un interlocuteur.
  • Conjuguer. Beaucoup de francophones cherchent une terminaison de personne et finissent par en inventer une. Le verbe est invariable : c’est le pronom, et lui seul, qui dit qui parle.
  • Accorder. Ni l’adjectif ni le nom ne s’accordent, et après un nombre le nom reste au singulier. Хоёр хүн, « deux personne ».
  • Chercher « s’il vous plaît ». La politesse est dans la terminaison -аарай et dans l’emploi de та, pas dans une formule ajoutée.
  • Tutoyer par défaut. чи est l’équivalent d’un tutoiement appuyé. Avec un adulte inconnu, c’est та, toujours.
  • Vouloir dire « j’ai ». Passez par Надад ... байна. Le verbe « avoir » n’existe pas, et aucune tournure ne le remplace mot pour mot.
  • Lire la transcription latine à la française. « Khövsgöl », « Ölgii », « Erdenet » ne se prononcent pas comme ils s’écrivent chez nous, et il existe cinq transcriptions concurrentes pour le même nom. Apprenez l’alphabet cyrillique mongol et vous n’aurez plus à deviner : 35 lettres, l’alphabet russe augmenté de Ө et Ү, décidé en 1941, fixé dans sa forme actuelle à la fin de 1945 et officiel depuis le 1er janvier 1946. Deux ou trois soirées suffisent, et c’est le meilleur rapport effort-utilité de toute la préparation.
  • Confier une longue phrase à un traducteur automatique. L’ordre inverse et l’empilement de suffixes mettent ces outils en difficulté dès que la phrase dépasse trois ou quatre mots. Écrivez court, et montrez le cyrillique à votre interlocuteur plutôt que de lire sa traduction française. Voyez les applications utiles en Mongolie.

Le détail des sons que nous ratons et des faux amis est traité à part, dans les erreurs classiques des francophones en mongol.

Huit exercices et leur corrigé

Faites-les sur papier, sans regarder la colonne de droite. Ils ne vérifient qu’une chose : savez-vous choisir la forme d’un suffixe.

ExerciceRéponsePourquoi
Mettre Улаанбаатар au datif-locatif : « à Oulan-Bator »Улаанбаатартmot terminé par р, donc -т
Mettre Монгол au datif-locatif : « en Mongolie »Монголдmot terminé par л, donc -д
Mettre Хөвсгөл à l’ablatif : « depuis le Khövsgöl »Хөвсгөлөөсvoyelles ө, donc -өөс
Mettre онгоц à l’instrumental : « en avion »онгоцоорvoyelles о arrondies, donc -оор
Dire « thé sans sucre » (сахар, цай)сахаргүй цайprivatif -гүй, et le déterminant avant le déterminé
Nier Би мах иддэгБи мах иддэггүйun verbe se nie par -гүй collé à la fin
Transformer Ус байна en question ferméeУс байна уу ?particule finale, aucun changement d’ordre ; байна finit sur un а bref, donc уу
Compléter : Энэ хэд ___ ?вэquestion ouverte, et хэд se termine par д, donc вэ et non бэ

Si les huit sont justes, vous savez déjà construire et comprendre une phrase mongole simple. Ce qui manque alors n’est plus de la grammaire : c’est du vocabulaire et de l’oreille.

Lire une date, une heure, une adresse

Un détail de grammaire qui sert tous les jours : les mois mongols n’ont pas de nom. Ils se disent par leur rang, avec l’ordinal -дугаар / -дүгээр suivi de сар, « mois ». Novembre est donc арван нэгдүгээр сар, le onzième mois, et s’écrit couramment 11-р сар, l’ordinal étant abrégé en -р. Le même -р revient partout : 1-р хороо, le premier quartier d’un arrondissement d’Oulan-Bator ; 3-р давхар, le troisième étage.

Les dates s’écrivent du plus grand au plus petit, comme la langue : 2026.11.03 pour le 3 novembre 2026, ou en toutes lettres 2026 оны 11 сарын 3, avec он pour l’année, сар pour le mois et le génitif -ын, -ны qui enchaîne les trois. Les zéros initiaux sont généralement omis. L’heure s’écrit sur 24 heures avec deux points, 19:57, et le point est très courant à la place des deux points, y compris sur les documents officiels ; à l’oral, en revanche, on compte souvent sur douze heures. Un billet de bus, un horaire de musée, une feuille d’enregistrement se lisent avec ces trois règles et rien d’autre. Les jours fériés, qui suivent pour certains le calendrier lunaire, sont détaillés dans les jours fériés en Mongolie.

Ce que vous pouvez laisser de côté

Une page de grammaire honnête doit aussi dire ce qui ne sert pas. Vous n’avez pas besoin de maîtriser les paradigmes complets des cas, ni les formes de politesse honorifiques, ni les converbes qui enchaînent les propositions, ni les nuances entre les cinq passés. Vous n’avez pas besoin non plus de l’écriture traditionnelle : depuis le 1er janvier 2025, en application de la loi sur la langue mongole, les organes de l’État et des collectivités locales tiennent leurs documents officiels en cyrillique et en mongol bichig, mais la mise en œuvre est progressive et rien de ce que vous aurez à lire en voyage n’en dépend. Vous la croiserez sur des façades, des diplômes et des billets de banque : regardez-la, ne l’apprenez pas.

Ce qui coince vraiment, ce ne sont pas les cas. C’est l’écriture, réglée en trois soirées, et la prononciation, qui demande de l’écoute : l’écart entre l’orthographe cyrillique et le son réel est la vraie difficulté du mongol, et aucun livre muet ne la résout. Les classements de difficulté du Foreign Service Institute américain placent le mongol dans la catégorie des langues demandant environ 1 100 heures de cours pour atteindre un niveau professionnel — une indication utile pour calibrer ses attentes, et sans rapport avec les trente ou quarante heures qui suffisent à voyager correctement. Voyez combien de temps pour apprendre le mongol.

Par quoi commencer

Hors d’Oulan-Bator, l’anglais ne vous sauvera pas. Un chauffeur, une famille d’éleveurs, un gardien de camp ne parlent que mongol. L’ordre de travail qui fonctionne est toujours le même : l’alphabet d’abord, puis une centaine de mots, puis les suffixes de cette page, puis des phrases entières à l’oral. Prendre les phrases en premier ne marche pas, parce qu’on apprend alors des blocs qu’on ne peut pas modifier. En attendant que l’alphabet soit acquis, les transcriptions du tableau ci-dessus vous permettent de tout essayer à l’oral.

Pour travailler les suffixes, les formes verbales et la construction de la phrase dans l’ordre, avec un dialogue, des exercices et leur corrigé à chaque étape, voyez la méthode « Introduction à la langue mongole », écrite en français et accompagnée de deux heures d’audio : son annexe I réunit les formes verbales en un seul endroit, ce qui en fait le complément naturel du tableau des terminaisons ci-dessus. Et si vous voulez structurer vos semaines avant le départ, suivez notre plan de travail semaine par semaine, ou réservez quelques séances de cours sur place dans les premiers jours, quand vous avez déjà les bases et des questions précises à poser.

À voir aussi : cent premiers mots · les prénoms mongols · le mongol et les langues altaïques · apprendre le mongol à Oulan-Bator · le kazakh parlé en Mongolie · les mots mongols passés en français · la calligraphie mongole

Couverture de la méthode Introduction à la langue mongole

Méthode de mongol

Allez plus loin que cette page

Cette page vous donne des mots. La méthode vous donne la langue.

  • 348 pages en PDF
  • 2 h d’audio MP3
  • 1 945 entrées de lexique
J’apprends à parler

Garantie de satisfactionPDF et fichiers audio MP3 · lien de téléchargement envoyé par courriel · achat unique