En Mongolie, un itinéraire se joue souvent sur trente centimètres d’eau. Les rivières y sont rares et, hors des grands axes, presque jamais pontées. Savoir où elles vont, et surtout quand elles gonflent, change le calibrage d’un voyage.
Le pays se partage en trois bassins. Au nord, la Selenge collecte tout vers le lac Baïkal, donc vers l’Arctique. Au nord-est, l’Onon et l’Ingoda forment la Shilka, puis l’Amour, donc le Pacifique ; la ligne de partage passe par les monts Khentii. Partout ailleurs, l’eau n’atteint jamais la mer : elle finit dans un lac fermé ou s’évapore. Rivières et lacs réunis ne couvrent que 0,67 % du territoire.
La Selenge, premier bassin du pays, draine 280 000 km² en Mongolie (447 000 au total) et fournit près de la moitié des apports du Baïkal ; elle entre en Russie à Sukhbaatar. Son affluent l’Orkhon, 1 124 km, est avec la Kherlen l’une des deux plus longues rivières du pays, et le couloir le plus vert : vallée classée à l’UNESCO, Karakorum, chutes d’Ulaan Tsutgalan. Ces chutes font vingt mètres et dépendent des pluies : en juin sec, elles déçoivent. L’Eg, autre affluent, est l’unique émissaire du lac Khovsgol.
La Tuul naît dans le Khentii et traverse le sud d’Oulan-Bator. N’y buvez pas : elle reçoit les eaux usées de la capitale et les sédiments des mines d’or de Zaamar. La Kherlen file plein est et se perd dans le lac Hulun, en Chine, sans exutoire la plupart des années : c’est l’épine dorsale des vallées de l’est. L’Onon, 1 032 km dont 298 en Mongolie, arrose le berceau de Gengis Khan.
À l’ouest, tout se termine dans un lac. La Khovd, 516 km, sort des glaciers du Tavan Bogd, traverse les lacs Khoton et Khurgan, puis se jette dans le Khar-Us Nuur, 1 578 km² bordés de roselières, Ramsar depuis 1999. La Zavkhan, 670 km, descend du Khangai vers le lac Khyargas. Fonte glaciaire : la Khovd reste haute en plein été, même sans pluie.
Oulan-Bator reçoit environ 270 mm de précipitations par an, dont la moitié en juillet et août. L’effet sur les débits est brutal : près de la frontière russe, la Selenge passe de 23 m³/s en février à 601 m³/s en août. Quatre règles. Le chauffeur descend sonder le gué à pied avant d’engager le véhicule ; s’il refuse de passer, il a raison. Une crue d’orage retombe souvent en trois ou quatre heures : attendre coûte moins cher qu’un treuillage. Ne bivouaquez jamais sur un banc de graviers ni dans un lit sec : l’orage peut tomber trente kilomètres en amont. Gardez une journée tampon par semaine de circuit.
Juillet et août sont à la fois la haute saison et la saison des crues ; juin et septembre donnent des pistes plus sûres, au prix de nuits froides. Comparez la meilleure période et l’état des routes ; un conducteur qui connaît ses gués vaut mieux qu’un véhicule neuf, d’où l’intérêt de louer un 4x4 avec chauffeur. Sur les cartes, trois mots : гол (gol), rivière ; мөрөн (moron), grande rivière ; гүүр (guur), pont. Et үер (uer), crue, dans les bulletins d’été. Voyez les noms de lieux mongols.
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