Entre Oulan-Bator et la Russie, la Selenge (Сэлэнгэ) est la province que tout le monde traverse et que presque personne ne visite. Elle ne ressemble pas à l’image que l’on se fait du pays : peu de steppe, mais du blé, de la forêt et des villages en bois.
La Selenge couvre 41 152 km² pour environ 100 000 habitants et existe comme aimag depuis 1934. Le relief reste bas, entre 800 et 1 200 m : collines, bassins fluviaux, taïga au nord vers l’Eröö (Ерөө). La province de Darkhan-Uul forme une enclave entièrement entourée par la Selenge ; les deux se visitent ensemble, Darkhan faisant la base la plus commode.
Les bassins de la Selenge et de l’Orkhon concentrent l’essentiel de la céréaliculture mongole. Le blé (улаан буудай, ulaan buudai) occupe des terres défrichées à l’époque socialiste ; les sources mongoles lui attribuent environ 40 % des récoltes de céréales du pays, ordre de grandeur seulement. La moisson s’étale en général de fin août à octobre : c’est la seule fenêtre où le paysage justifie l’arrêt, et elle coïncide avec la meilleure lumière de l’automne.
La Selenge (Сэлэнгэ мөрөн) parcourt environ 1 000 km et fournit près de la moitié de l’apport que les rivières versent au Baïkal. Elle reçoit l’Orkhon au niveau de Soukhbaatar avant de passer en Russie. Courant fort et froid : bivouac oui, baignade non.
Au sum de Baruunbüren, Amarbayasgalant (Амарбаясгалант) est l’un des rares grands monastères mongols debout. Bâti de 1727 à 1736 aux frais de l’empereur Yongzheng et achevé sous Qianlong, il a reçu en 1779 la dépouille de Zanabazar. Il comptait plus de 40 temples ; il en subsiste une petite trentaine. Les purges de 1937 n’ont détruit que la périphérie, et la restauration a repris en 1988 avec des fonds de l’Unesco. Comptez deux heures sur place et une nuit au camp voisin ; le détail pratique est ici.
Soukhbaatar (Сүхбаатар), fondée en 1940, compte environ 22 000 habitants. C’est la gare la plus au nord du transmongolien, face à Naushki. Le poste routier est à Altanbulag (Алтанбулаг, « source dorée »), 25 km plus loin, face à Kiakhta : ancien comptoir du traité de 1727, pris à la garnison chinoise par les partisans de Damdin Soukhbaatar le 18 mars 1921. On ne franchit pas ce poste à pied : il faut être dans un véhicule. La zone franche d’Altanbulag reste largement vide. Pour enchaîner sur la Russie, vérifiez quel visa russe est accepté à ce poste.
Oulan-Bator–Darkhan fait 204 km sur une quatre-voies, environ trois heures ; comptez une heure et demie de plus jusqu’à Soukhbaatar. Dès qu’on quitte le bitume, pour la piste d’Amarbayasgalant par exemple, l’état des routes se dégrade vite après la pluie. Les minibus partent des gares routières de la capitale pour quelques dizaines de milliers de tugriks ; un train dessert aussi la ligne, horaires à vérifier au guichet. Deux à trois jours suffisent, de juin à septembre.
Sans Amarbayasgalant, la Selenge ne justifie pas un détour. Les villes sont industrielles, les rives de l’Eröö portent les cicatrices de l’orpaillage, et qui vient chercher yourtes et troupeaux trouvera des tracteurs. Comme étape vers la Russie, en revanche, la province tient son rôle.
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