En 1934, la Mongolie comptait 843 grands centres bouddhiques. En 1935, selon une source du parti, les moines formaient 48 % des hommes adultes. Entre septembre 1937 et avril 1939, l’État a liquidé son propre clergé en moins de vingt mois.
Le chef du gouvernement Peljidiin Genden avait refusé à Staline la liquidation des monastères. Écarté du pouvoir en mars 1936, il est fusillé à Moscou le 26 novembre 1937. Khorloogiin Choibalsan (1895-1952), ministre de l’Intérieur depuis 1936, mène la purge, encadré par le NKVD : le commissaire adjoint Mikhail Frinovski débarque avec une liste de 115 noms. Les condamnations passent par une commission extraordinaire, ОБЭК (OBEK). L’épisode relève de la période socialiste et de l’histoire du bouddhisme mongol.
Les sources mongoles retiennent environ 800 monastères détruits et 18 817 lamas exécutés ; les travaux occidentaux, plus de 700 monastères et environ 18 000 moines. Le total des victimes reste discuté : 20 000 à 35 000, jusqu’à 50 000 côté mongol. La purge frappe aussi le parti : 36 des 51 membres du Comité central. Des charniers ont été exhumés en 1991 près de Mörön et en 2003 à Khambyn Ovoo, dans Oulan-Bator.
Le musée des Victimes des répressions politiques avait ouvert le 10 septembre 1996 dans la maison de Genden, à l’initiative de sa fille Tserendulam. Le bâtiment a été démoli en 2019 et remplacé par une tour de bureaux. Beaucoup de guides papier l’indiquent encore : aucun relogement n’a été annoncé depuis, voir notre page dédiée. Le 10 septembre reste la journée nationale de commémoration.
À Oulan-Bator, le temple-musée Choijin Lama (1904-1908) a survécu, fermé au culte en 1938 et transformé en musée. Une heure suffit, entrée de l’ordre de 8 000 tugriks, horaires réduits en hiver, à vérifier. Le monastère de Gandan, fermé puis en partie rasé, a rouvert en janvier 1944, seul autorisé du pays ; son Migjid Janraisig de 26,5 m date de 1996, l’original de 1913 ayant été détruit, sans doute fondu en URSS. Entrée autour de 4 000 tugriks.
À 43 km au sud, les ruines de Manzushir sont les plus parlantes : fondé en 1733, vingt temples, 300 lamas ; en février 1937 les 53 derniers moines sont arrêtés, l’abbé exécuté en octobre. Restent les fondations de dix-sept bâtiments, des reliefs rupestres et un musée dans le temple reconstruit. Demi-journée depuis Oulan-Bator, 8 km après Zuunmod, dans la réserve du Bogd Khan Uul, droit d’entrée à prévoir. Ailleurs : Ongi dans le Dundgovi, rasé en 1939, plus de 200 moines tués, souvent intégré aux circuits du Gobi ; Baldan Bereeven dans le Khentii, près de cinquante édifices en ruine ; Erdene Zuu, où seuls trois temples et le mur de stupas ont survécu.
Ces sites sont redevenus des lieux de culte : contournez stupas et temples dans le sens des aiguilles d’une montre, demandez avant de photographier (voir les règles à respecter). Les tarifs sont des ordres de grandeur ; la photo est souvent facturée à part. Deux erreurs classiques : croire que tout a été reconstruit — la plupart des sites restent des champs de fondations — et espérer des panneaux en anglais, rares hors de la capitale. Le mot à connaître est хэлмэгдүүлэлт (khelmegduulelt), « répression ».
À lire ensuite : la révolution de 1990, les musées d’Oulan-Bator et l’histoire de la Mongolie.
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