De la proclamation de la République populaire, le 26 novembre 1924, à la chute du parti unique en 1990, la Mongolie a passé soixante-six ans dans l’orbite soviétique, ouverte par la révolution de 1921.
Au début des années 1920, le pays comptait 583 monastères et quelque 110 000 moines, novices compris : près d’un tiers de la population masculine. De septembre 1937 à avril 1939, 20 000 à 35 000 personnes sont exécutées, dont 17 000 à 18 000 religieux, et presque tous les monastères sont rasés. À Erdene Zuu, seuls trois petits temples et l’enceinte aux stupas ont survécu ; Amarbayasgalant, l’un des rares épargnés, garde 28 de ses quarante et quelques temples, restaurés depuis 1988 : il vaut le détour. Gandan, fermé en 1939, rouvre en janvier 1944 comme unique monastère actif du pays : 57 moines en 1947. Ailleurs, attendez-vous à des fondations et des murs de brique.
La collectivisation du bétail aboutit dans les années 1950 : 727 coopératives, les нэгдэл (negdel), en 1958, soit trois foyers sur quatre. L’État crée des villes ex nihilo : Darkhan le 17 octobre 1961 avec l’aide du Comecon, Erdenet en 1974 autour du cuivre. Le pays passe de 78 % de ruraux en 1956 à 58 % d’urbains en 1989. Oulan-Bator se couvre de barres préfabriquées, les ugsarmal bair, bâties surtout entre 1960 et 1985 : c’est encore le décor du centre-ville. Les quartiers de yourtes, eux, ont gonflé après 1990 et abritent deux habitants sur trois.
En 1934, 2,7 % des enfants seulement fréquentaient l’école publique. Le cyrillique mongol est décrété en 1941 et généralisé le 1er janvier 1946 ; l’alphabétisation universelle est proclamée en 1968 et le taux tourne toujours autour de 98 %. Apprenez ses 35 lettres avant de partir, dont deux que le russe ignore, Ө (ö) et Ү (ü) : Музей (muzei) veut dire musée. L’écriture verticale traditionnelle est redevenue co-officielle en 2025, mais elle reste largement décorative.
Avant 1991, 80 % du commerce extérieur se faisait avec l’URSS et 15 % avec le reste du bloc. L’aide coupée, la production chute d’un tiers entre 1990 et 1993, avec inflation à trois chiffres et rationnement. La révolution démocratique démarre le 10 décembre 1989 et obtient en mars 1990 la démission du bureau politique, le 9 mars selon la plupart des récits, après une grève de la faim place Soukhbaatar, où un mausolée calqué sur celui de Lénine a tenu de 1954 à 2005.
Une demi-journée suffit à Oulan-Bator. Le Musée national réserve ses dernières salles au XXe siècle ; comptez environ 20 000 tougriks l’entrée et 12 000 pour photographier, tarifs à vérifier. Le musée des victimes des répressions politiques, lui, a disparu : la maison du Premier ministre Genden, fusillé à Moscou en novembre 1937, a été démolie en 2019 et remplacée par des bureaux. Ne le cherchez plus. Le mémorial de Zaisan, inauguré en 1971 au bout de 612 marches, offre un large panorama et une fresque circulaire de propagande : 1917, Khalkhin Gol, Soyouz 39. En province, les musées se résument souvent à deux vitrines et un portrait : n’en faites pas un détour.
Les plus de cinquante ans parlent souvent russe, rarement anglais, et le jugement sur l’époque reste partagé : répression d’un côté, emploi garanti et école gratuite de l’autre. Chez l’habitant, laissez venir le sujet plutôt que de le lancer.
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