La révolution démocratique de 1990 en Mongolie

En trois mois, la Mongolie est passée du parti unique au multipartisme sans un coup de feu. Les Mongols disent Ардчилсан хувьсгал (Ardchilsan khuvisgal), « révolution démocratique ». L’essentiel s’est joué sur une seule place d’Oulan-Bator.

Décembre 1989 : trois cents personnes dans le froid

Le 10 décembre 1989, environ trois cents personnes se rassemblent devant le Centre culturel de la jeunesse. Tsakhiagiin Elbegdorj, 26 ans, y annonce l’Union démocratique mongole (Монголын Ардчилсан Холбоо, Mongolyn Ardchilsan Kholboo) et treize revendications. Sanjaasürengiin Zorig, 27 ans, en devient le coordinateur général. Les rassemblements grossissent tout l’hiver : un millier de personnes le 14 janvier 1990 devant le musée Lénine, des milliers le 21 janvier par trente degrés sous zéro, plus de cent mille le 4 mars. Rien de tel depuis l’installation du régime socialiste en 1924.

Mars 1990 : dix grévistes de la faim

Le 7 mars 1990, dix militants entament une grève de la faim sur la place Sükhbaatar (Сүхбаатарын талбай, Sukhbaataryn talbai). Les sources mongoles en comptent trente-trois le 9 mars, dont une seule femme. Le bureau politique du parti au pouvoir démissionne en bloc dans la foulée : le 9 ou le 15 mars selon les sources. Pas un mort : c’est ce qui sépare 1990 de la révolution de 1921 et des purges de 1937.

La suite est lente. Aux premières élections libres, à l’été 1990, l’ancien parti unique conserve 357 des 430 sièges du Grand Khoural ; l’opposition n’obtient la majorité qu’en 1996. La constitution adoptée le 13 janvier 1992, en vigueur le 12 février, retire le mot « populaire » du nom du pays et crée un parlement unique. Le 13 janvier reste une date commémorée, mais ce n’est pas un jour férié.

Le prix : la décennie 1990

Avant 1991, 80 % du commerce extérieur mongol se faisait avec l’URSS. L’aide s’arrête ; la production chute d’environ un tiers entre 1990 et 1993, avec une inflation à trois chiffres et le retour du rationnement alimentaire. La croissance ne repart qu’en 1994-1995. Ces années-là expliquent l’exode rural et les quartiers de yourtes autant que le virage minier des années 2000.

Ce qu’on peut voir sur place

La place Sükhbaatar se visite en vingt minutes, gratuitement, mais ne cherchez pas de plaque : rien n’y marque l’emplacement de la grève de la faim. Le musée national de Mongolie, à l’ouest du palais du gouvernement, consacre une salle au XXe siècle et à 1990 : une heure, de l’ordre de 20 000 tougriks, tarif et horaires à reconfirmer sur place. En face de la poste centrale, à cinq minutes à pied, la statue de Zorig fait face au palais. Assassiné le 2 octobre 1998 à 36 ans, il reste « l’hirondelle dorée de la démocratie » (ардчиллын алтан хараацай, ardchillyn altan kharaatsai). Le tout tient dans une demi-journée en ville.

Deux déconvenues courantes. Le musée des victimes des répressions politiques, ouvert en 1996 dans la maison en bois du Premier ministre Genden, a été démoli en 2019 ; il figure encore dans des guides et sur des cartes. Et il n’existe aucun « musée de la démocratie » : 1990 se raconte par fragments dans les musées de la capitale.

Venir en janvier ou en mars, c’est retrouver le froid exact des manifestants : instructif, mais cela exige un vrai équipement d’hiver. Le sujet se discute sans gêne. Beaucoup de quinquagénaires ont connu le rationnement ; les moins de trente ans n’ont jamais vu autre chose que la démocratie. Les deux récits ne se ressemblent pas.

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