L’exode rural et les villes mongoles

La Mongolie compte environ 3,6 millions d’habitants pour environ 1,56 million de km², soit un peu plus de deux habitants au km². Et près de la moitié d’entre eux vivent dans une seule ville.

Un pays vide, une capitale pleine

Улаанбаатар (Ulaanbaatar) est passée de 535 000 habitants en 1990 à un million en 2007 et près de 1,8 million aujourd’hui. Le reste du pays se partage en 21 аймаг (aimag, provinces), découpés en 330 сум (sum, cantons). Tout ce qui n’est pas la capitale s’appelle le хөдөө (khodoo), « la campagne ». Le moins peuplé des aimag, le Govisumber, comptait 17 928 habitants au recensement de 2020. Voir notre histoire urbaine d’Oulan-Bator.

Le dzud pousse, la ville aspire

Le moteur le plus brutal est le dzud (зуд, zud), l’hiver qui affame les troupeaux. Trois dzud consécutifs entre 1999 et 2002 ont tué 11 millions de bêtes. En 2009-2010, 9 000 familles ont perdu tout leur troupeau. L’hiver 2023-2024 a tué 7,1 millions d’animaux, plus de 10 % du cheptel. Une famille ruinée ne reconstitue pas un troupeau : elle part. S’ajoutent le lycée, l’hôpital et le salaire, absents du sum. En 2022, 27,1 % des Mongols vivaient sous le seuil de pauvreté national. Voir la vie quotidienne des éleveurs.

Les mines paient, mais n’emploient presque personne

L’économie minière a fait entrer la Mongolie parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure en 2024, sans fixer de population. Oyu Tolgoi, dans le sum de Khanbogd, à 80 km de la frontière chinoise, tourne par rotations d’équipes logées sur place : ce n’est pas une ville, et le site est fermé au public (le sud minier). L’exception est Erdenet, créée en 1974 autour du cuivre, deuxième ville du pays avec un peu plus de 100 000 habitants. Ailleurs, dans les villes minières, les chambres sont prises par les équipes des mines : réservez avant d’arriver.

Le bout de la chaîne : les quartiers de gers

Les arrivants s’installent sur une parcelle clôturée, le хашаа (khashaa), dans le гэр хороолол (ger khoroolol, « quartier de gers »). Selon les relevés, de 45 à 60 % des habitants de la capitale y vivent. Ni eau courante, ni chauffage collectif : des poêles, du charbon, et la pollution hivernale d’octobre à mars. Nos quartiers de gers disent comment les visiter sans intrusion.

Ce que cela change pour votre voyage

  • Tout transite par la capitale. Vols intérieurs, bus, location de 4x4, agences, permis : prévoyez une à deux nuits à Oulan-Bator au début et à la fin du séjour.
  • Les embouteillages sont réels. Chaque véhicule est en principe interdit de centre-ville un jour par semaine, selon le dernier chiffre de sa plaque : faites confirmer le jour par votre loueur. L’aéroport est à 50 km : une heure de route, deux aux heures de pointe (de l’aéroport vers le centre).
  • Le chef-lieu d’aimag est votre seul point d’appui. Distributeur, carburant, mécanicien, hôpital : c’est là, rarement au sum (banques et distributeurs).
  • La campagne a perdu en part, pas en nombre. La population rurale tourne autour du million depuis 1990, mais elle pèse moins de 30 % du pays contre plus de 40 % alors. Ne comptez pas sur une yourte tous les dix kilomètres en cas de panne (état des routes).

Ce qui déçoit

Les chefs-lieux de province sont des villes soviétiques fonctionnelles : barres d’immeubles, place centrale, statue. Peu de charme, mais souvent un bon musée provincial. Et l’éleveur que vous rencontrerez a sans doute un enfant à Oulan-Bator, un panneau solaire et un smartphone. C’est la Mongolie d’aujourd’hui, pas une carte postale.

→ La Mongolie actuelle · Les villes mongoles · Oulan-Bator

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