Un Mongol sur quatre environ vit de l’élevage : les estimations vont d’un cinquième à un tiers, et la part recule chaque année. Une nuit dans un campement n’est donc pas un spectacle monté pour vous : c’est une journée de travail, où vous serez en trop ou utile selon votre comportement. Voici son déroulé.
Tout commence par les femelles laitières : vaches ou yaks selon l’altitude, brebis, chèvres, juments en été. Les juments sont un cas à part : on les trait toutes les deux heures, jusqu’à six fois par jour, et seulement de la mi-juin au début d’octobre. Ce rythme immobilise la famille près du campement pendant toute la saison. Ce lait fermente dans une outre et devient l’айраг (airag). Le reste rejoint les цагаан идээ (tsagaan idee), les aliments blancs, dont l’ааруул (aaruul), le fromage sec qui durcit sur le toit.
On ne garde pas les bêtes du matin au soir. Les таван хошуу мал (tavan khoshuu mal), les cinq museaux du bétail, paissent librement, parfois à plusieurs kilomètres ; les chevaux peuvent disparaître des jours entiers. Seules quelques montures restent attachées près de la yourte. Le travail consiste à compter, chercher les manquantes, soigner les blessées.
Deux corvées rythment la journée. L’eau se rapporte en bidons, du puits ou de la rivière, souvent à moto. Le combustible, c’est l’аргал (argal), la bouse séchée ramassée au panier : sans bois dans la steppe, elle chauffe le poêle et cuit tout. N’attendez pas de douche, et pour toilettes au mieux une fosse à l’écart, le жорлон (jorlon), absente de bien des campements d’été. Lisez électricité, eau et hygiène avant de partir.
Le сүүтэй цай (suutei tsai), le thé au lait salé, circule en permanence. Les repas sont tardifs, carnés, peu variés : mouton bouilli, nouilles, raviolis. On prend le bol de la main droite et l’on goûte, même sans faim. Lisez les codes de table et les interdits : ne marchez jamais sur le босго (bosgo), le seuil, ni entre les deux багана (bagana), les piliers centraux.
Au crépuscule, on rentre les jeunes et les laitières, on trait de nouveau, on rallume le poêle. C’est le seul moment où l’on parle vraiment ; un panneau solaire alimente une ampoule et la télévision.
Quelques formules de salutation changent l’accueil du tout au tout.
Saison : juin à septembre pour la vie laitière. L’hiver est un autre monde : le dzud de 2023-2024 a tué plus de 7 millions de bêtes, plus de 10 % du cheptel, d’après les comptages du printemps 2024. Durée : une nuit pour voir, deux pour comprendre. Accès : par un 4x4 avec chauffeur, qui négocie l’accueil sur place. Prix : quelques dizaines de milliers de tugriks par personne et par nuit, repas compris, bien moins qu’un camp de yourtes — à confirmer avant de partir, et à payer en espèces. Déconvenue fréquente : le campement trop visité, où l’on vous joue la scène.
À lire ensuite : le séjour en yourte chez l’habitant, la transhumance et les saisons, le tourisme responsable.
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