Personne ne vous reprendra : dans une famille d’éleveurs, on encaisse l’impair en silence. Les interdits mongols (цээр, tseer) tiennent en une vingtaine de gestes appris dans l’enfance, dont aucun n’est évident pour un Européen.
Le seuil (босго, bosgo) est la faute qu’on remarque toujours. On ne marche pas dessus, on ne s’y assoit pas, on ne se serre pas la main au-dessus : il matérialise la limite du foyer, et le piétiner revient à piétiner la maisonnée. Enjambez-le franchement. Avant d’approcher la yourte, lancez « Нохой хорио » (nokhoi khorio, « tenez le chien ») et attendez : on ne frappe pas, on s’annonce, et le bankhar n’est pas un chien de compagnie.
Le foyer central (гал голомт, gal golomt) est ce qui reste de la famille quand tout le reste bouge. On n’y jette rien : ni eau, ni déchet, ni mégot. On ne l’éteint pas, on ne l’enjambe pas, on ne sèche pas ses chaussettes sur le poêle. Cette sacralité vient du fond chamanique et n’a pas bougé avec le bouddhisme.
La porte regarde le sud. Le fond, face à elle, est le хоймор (khoimor) : autel et aînés, on ne s’y installe pas sans invitation. La moitié ouest, à votre gauche en entrant, revient aux hommes ; l’est, à votre droite, à la maîtresse de maison. On circule dans le sens du soleil (нар зөв, nar zov), on ne passe pas devant un aîné, on ne tourne pas le dos à l’autel, on ne s’adosse pas aux piliers (багана, bagana). En pratique : entrez et restez debout, on vous montrera votre place. Un séjour chez l’habitant suit exactement ces règles.
On donne et on reçoit de la main droite, paume vers le haut, ou de la droite soutenue au coude par la gauche. Jamais de la main gauche seule, surtout pas dans le plat commun : les codes de table sont stricts. Tenez le bol par le fond, pas par le bord. Et acceptez : refuser le thé au lait salé ou l’airag est l’offense, pas le dégoût. Une gorgée suffit.
Siffler sous une yourte (исгэрэх, isgerekh) est proscrit ; on dit sur place que cela appelle le vent et les esprits. On ne désigne personne d’un seul doigt : main ouverte, paume en l’air. On ne touche pas la tête d’autrui, encore moins celle d’un enfant. Même chose pour le chapeau, qu’on n’essaie ni ne déplace. Si vous marchez sur le pied de quelqu’un, tendez-lui aussitôt la main : c’est la réparation attendue. Deux formules de politesse font le reste : сайн байна уу (sain baina uu, bonjour) et баярлалаа (bayarlalaa, merci).
Aux овоо (ovoo), ces cairns de pierres, on tourne trois fois dans le sens des aiguilles d’une montre et on ajoute une pierre ; on n’en retire jamais. On n’urine ni dans un lac ni dans une rivière. On ne critique pas Gengis Khan. On demande avant de photographier quelqu’un.
Presque tout. Dans un camp de yourtes touristique — ordre de grandeur 40 à 70 dollars par nuit et par personne, repas compris, davantage en sanitaires privés, à vérifier — le personnel a tout vu. Chez une famille, on ne vous dira rien non plus, et c’est bien le piège. Retenez-en deux, le seuil et le feu ; le reste s’apprend en regardant qui s’assoit où.
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