Le chamanisme mongol n’est pas un vestige folklorique. C’est une pratique religieuse vivante, reconstruite après 1990, présente jusque dans les quartiers de yourtes d’Oulan-Bator. Au recensement de 2020, 2,5 % des Mongols se déclaraient chamanistes, contre 51,7 % de bouddhistes. C’est aussi le domaine où la mise en scène touristique est la plus fréquente.
On dit en mongol бөө мөргөл (böö mörgöl), le culte des chamans. L’homme est un бөө (böö), la femme une удган (udgan). Le chaman ne choisit pas : il est choisi par les онгод (ongod), esprits ancestraux de sa lignée, souvent après une maladie. Au-dessus, le ciel : Тэнгэр (Tenger), invoqué comme Мөнх хөх тэнгэр (Mönkh khökh tenger), le Ciel bleu éternel.
En 1578, Altan Khan s’allie au troisième dalaï-lama et interdit les rites chamaniques ; les effigies d’esprits sont brûlées. Le chamanisme survit et se mélange : c’est le « chamanisme jaune », qui intègre des éléments bouddhiques. Les purges de la fin des années 1930 frappent les deux camps : plus de 18 000 lamas exécutés entre 1937 et 1939, 746 monastères liquidés, culte des lieux sacrés interdit. Aujourd’hui, un même Mongol consulte un lama et un chaman sans y voir de contradiction.
Les овоо (ovoo), cairns de pierres et d’écharpes bleues sur les cols, sont partout et gratuits : on en fait le tour dans le sens des aiguilles d’une montre, généralement trois fois, en ajoutant une pierre et sans rien emporter. Ces pratiques sont inscrites depuis 2017 sur la liste UNESCO du patrimoine immatériel à sauvegarder d’urgence. Un décret de 1995 a relancé les cérémonies d’État, tous les quatre ans, au Bogd Khan Uul, au Khan Khentii (qui abrite le Burkhan Khaldun) et à l’Otgontenger. Le Musée national expose des costumes traditionnels, mais pas toujours d’objets chamaniques : l’accrochage change.
Une cérémonie privée se tient de nuit, souvent de 22 h à l’aube, à des dates fixées par le calendrier lunaire. Elle ne se commande pas : le chaman peut refuser. Les règles sont strictes : aucune photo, téléphone laissé de côté, boucles d’oreilles et élastiques retirés, cheveux dénoués, à genoux, pieds jamais dirigés vers le chaman, et on ne sort pas avant la fin. Une offrande de 10 000 à 20 000 tougriks (2 à 5 €) et un petit cadeau sont l’usage. Les « sessions » vendues par les agences d’Oulan-Bator coûtent de l’ordre de 150 à 200 $, tarif à vérifier ; avis partagés : des voyageurs décrivent une heure et demie expédiée là où cinq heures étaient annoncées. Trois signaux d’alarme : une somme élevée exigée, une menace de malheur, un conseil d’interrompre un traitement médical. Dans ces cas, partez.
Les rites de plein air vont de la fin du printemps au début de l’automne, les offrandes aux ovoo en plein ou en fin d’été, selon la région et le calendrier lunaire. Les traditions les mieux conservées sont celles des Darkhad et des éleveurs de rennes, au nord-ouest du Khövsgöl : comptez le vol jusqu’à Mörön, puis plusieurs jours de piste et de cheval. La grotte de Dayan Deerkh (soum de Tsagaan-Uur) reste un lieu de pèlerinage chamanique, mais l’accès est long et sans aménagement. Déconvenue classique : bâtir un voyage entier autour d’une cérémonie. Prévoyez une soirée, acceptez qu’elle n’ait pas lieu, et ne demandez jamais à une famille de rejouer un rite pour vous : c’est la frontière du tourisme responsable.
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