En mongol, la yourte se dit ger. Ce n’est pas un décor pour visiteurs : c’est encore le logement principal d’une bonne partie des familles d’éleveurs, et il en reste des dizaines de milliers dans les quartiers périphériques d’Oulan-Bator. L’UNESCO a inscrit son artisanat et les coutumes associées sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel en 2013.
Les khana sont les murs : des treillis de bois reliés par des lanières, qui se replient comme un accordéon. Leur nombre donne la taille. Une ger familiale en compte quatre à six, soit un diamètre de l’ordre de 4,5 à 6,5 mètres.
Les uni sont les perches du toit : quelques dizaines à plus de cent selon la taille. Elles rayonnent vers le toono, la couronne de bois au sommet : puits de lumière et sortie de fumée. Deux poteaux le plus souvent, les bagana, la soutiennent. Par-dessus viennent des couches de feutre de laine et une toile blanche, sanglées par des cordes. Aucun clou, aucune fondation.
Une famille entraînée monte ou démonte une ger en une à deux heures. Tout tient dans une charrette ou à l’arrière d’une camionnette. C’est ce qui rend l’habitat compatible avec les deux à quatre déménagements annuels entre pâturages d’hiver, de printemps, d’été et d’automne. Si vous assistez à un montage, proposez votre aide.
Elle l’est presque toujours : dos au vent dominant du nord, face au soleil. La lumière qui entre par le toono balaie l’intérieur comme l’aiguille d’une horloge. Dans un campement, la porte vous donne donc l’orientation d’un coup d’œil.
Le fond, au nord, s’appelle khoimor : place d’honneur, avec les coffres et souvent un petit autel bouddhiste. À gauche en entrant, c’est-à-dire à l’ouest, se tiennent les hommes et les invités, avec les selles et le matériel. À droite, à l’est, le côté des femmes, la vaisselle et la cuisine. On se déplace dans le sens des aiguilles d’une montre, on ne marche jamais sur le seuil et on ne passe pas entre les bagana. Le thé au lait salé se reçoit à deux mains : voyez les autres règles de politesse avant d’entrer.
Au centre, un poêle à bois ou à bouse séchée chauffe vite et fort, puis s’éteint. Il peut faire très chaud à minuit et très froid à l’aube, même en juillet. Prévoyez de quoi dormir couvert, bonnet compris : c’est le point le plus sous-estimé dans la liste d’affaires, surtout pour un voyage hivernal.
Les camps de yourtes touristiques offrent lits, sanitaires communs et repas ; l’ordre de grandeur va de 30 à 80 USD par personne et par nuit, à vérifier au moment de réserver, et les prix montent vite pour une ger avec douche privée. L’électricité n’y fonctionne souvent que quelques heures matin et soir. L’autre formule, la nuit chez une famille d’éleveurs, est moins confortable et bien plus intéressante.
L’intimité est nulle : on dort à plusieurs sous le même toit. Le poêle n’est pas toujours réalimenté pendant la nuit, ne comptez pas dessus. Et une ger de camp, standardisée et alignée par dizaines, n’a pas grand-chose à voir avec celle d’une famille, qui est un logement : demandez toujours avant de photographier un intérieur.
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