Le mongol a un mot pour l’hiver qui décime les troupeaux : зуд (zud), le dzud. Pas une simple vague de froid : un hiver où les bêtes ne peuvent plus atteindre l’herbe et meurent de faim debout dans la neige.
Les éleveurs distinguent plusieurs formes. Le цагаан зуд (tsagaan zud), « dzud blanc », est le plus connu : trop de neige, l’herbe devient inaccessible. Le хар зуд (khar zud), « dzud noir », est l’inverse : pas de neige, donc pas d’eau, surtout dans le Gobi. Le төмөр зуд (tomor zud), « dzud de fer », suit un dégel puis un regel : une croûte de glace scelle le pâturage. Viennent encore le хүйтний зуд (khuitnii zud), le froid seul, et le хавсарсан зуд (khavsarsan zud), la combinaison. Les listes mongoles y ajoutent le туурайн зуд (tuurain zud), le pâturage détruit par le piétinement quand trop de troupeaux se replient au même endroit. Les pires années sont presque toujours des combinaisons précédées d’un été sec : bêtes maigres en octobre, mortes en avril.
En 1944-1945, près de 7 millions de têtes. De 1999 à 2002, trois dzud consécutifs, 11 millions au total. En 2009-2010, 8 millions de bêtes dès mai 2010 et près de 10 millions sur l’année, un cinquième du cheptel : 80 % du territoire sous la neige, des nuits sous -40 °C pendant des semaines dans l’Uvs, 9 000 familles privées de la totalité de leurs bêtes et 33 000 de la moitié. L’hiver 2023-2024 a tué 7,1 millions d’animaux, plus de 10 % du cheptel. La chronologie compte autant que le total : 2 millions fin février, 5 millions fin mars, 7,1 millions début juin. Le dzud tue surtout au printemps, quand la graisse d’été est épuisée.
Trois causes se cumulent. Le changement climatique allonge les sécheresses d’été et durcit les hivers. La privatisation des troupeaux après 1990 a fait gonfler le nombre de chèvres à cachemire, qui arrachent l’herbe à la racine. Et l’отор (otor), le déplacement d’une partie du troupeau vers un pâturage intact, se heurte aux clôtures, aux mines et aux voisins déjà installés : la transhumance a moins d’espace. L’élevage reste pourtant environ 80 % de la production agricole, de l’ordre de 10 % du PIB.
Un dzud ne tue pas que des bêtes, il termine des métiers. Une famille ruinée ne reconstitue pas un troupeau : elle part. Oulan-Bator comptait 535 000 habitants en 1990, un million en 2007, environ 1,8 million en 2025 — près de la moitié des 3,6 millions d’habitants du pays. Deux tiers des habitants de la capitale vivent dans les quartiers de yourtes, sans eau courante ni chauffage collectif, et le charbon qu’on y brûle explique la pollution hivernale. C’est là que le dzud aboutit : voir l’exode rural.
La saison d’abord. Mars-mai est le pire moment pour rencontrer des éleveurs après un mauvais hiver : carcasses au bord des pistes, familles épuisées, pas de laitages frais, camps fermés. Si vous voulez le froid, visez janvier-février et préparez-vous vraiment au froid extrême. L’attitude ensuite : en séjour chez l’habitant, n’ouvrez pas sur le bilan des pertes et ne photographiez jamais une charogne sans accord. L’utile enfin : guides et chauffeurs locaux, achats sur place, camps tenus par des familles, comme le rappelle le tourisme responsable.
À suivre : la vie quotidienne des éleveurs · les cinq museaux · la meilleure période.
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