En Mongolie, on ne parle pas d’un troupeau mais des cinq museaux, Таван хошуу мал (tavan khoshuu mal). Cinq espèces domestiques dont la combinaison, et non le nombre, fait tenir un campement. Les comprendre, c’est comprendre l’essentiel de la vie quotidienne des éleveurs et de ce qu’on vous servira sous la yourte.
Le mongol sépare le Бод мал (bod mal), le gros bétail — chameau (Тэмээ, temee), cheval (Адуу, aduu), bovin (Үхэр, ukher) — du Бог мал (bog mal), le petit bétail : mouton (Хонь, khon) et chèvre (Ямаа, yamaa). Le yak, espèce distincte mais comptée avec les bovins, en tient lieu en altitude. Toutes les familles ne détiennent pas les cinq espèces : l’altitude et le climat tranchent.
Le pays recense son bétail chaque hiver. Les chiffres couramment repris tournent autour de 29 millions de moutons, 25 millions de chèvres, 5 millions de bovins, 5 millions de chevaux et un peu moins de 500 000 chameaux, soit de l’ordre de 65 millions de têtes dans un pays de moins de quatre millions d’habitants. Ce total bouge énormément : le Зуд (dzud), l’hiver qui tue le bétail, a emporté huit millions d’animaux en 2009-2010, soit 17 % du cheptel, et au moins 7,1 millions en 2023-2024, chiffre arrêté à début juin 2024. Vérifiez le chiffre de l’année en cours avant de le citer.
Le Бэлчээр (belcheer), le pâturage, est le vrai facteur limitant. Selon la convention de l’ONU sur la désertification, près de 77 % du territoire mongol est aujourd’hui dégradé. La demande de cachemire a fait basculer les troupeaux vers la chèvre, plus rentable mais plus dure pour le sol. Ajoutez le changement climatique et l’exode rural : les trois hivers de 1999-2002 ont tué onze millions d’animaux, et Oulan-Bator est passée de 760 000 habitants en 2000 à près de 1,1 million en 2010, pour une bonne part par l’arrivée de familles d’éleveurs.
Aucun détour n’est nécessaire : dès la première heure de piste, les troupeaux sont là. La bonne fenêtre va de la mi-juin à la mi-septembre, quand on trait et que les camps restent accessibles ; la transhumance d’automne est le moment où les bêtes sont les plus grasses. Une ou deux nuits chez une famille suffisent à saisir le rythme, pour quelques dizaines de dollars par personne repas compris, mais vérifiez les tarifs du moment. Deux déconvenues reviennent : un camp de yourtes commercial n’est pas une famille d’éleveurs, et les laitages fermentés bousculent souvent les estomacs non habitués. Goûtez petit.
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