La transhumance en Mongolie : deux à quatre déménagements par an

« Nomade » ne veut pas dire errant. Le déplacement, нүүдэл (nüüdel), suit un circuit fixe entre quelques emplacements connus, souvent les mêmes depuis des générations. Un éleveur, малчин (malchin), sait en janvier où il plantera sa ger en juillet.

Quatre campements, un circuit

Chaque saison a son nom et sa fonction.

  • өвөлжөө (övöljöö), le camp d’hiver : un creux abrité du vent, avec un enclos, хашаа (khashaa). Seul emplacement quasi permanent.
  • хаваржаа (khavarjaa), le camp de printemps : tout proche, au versant chaud, là où l’herbe repart le plus tôt. Camp des mises bas.
  • зуслан (zuslan), le camp d’été : plus haut, plus frais, près de l’eau. Les bêtes y font le gras qui leur fera passer l’hiver.
  • намаржаа (namarjaa), le camp d’automne : on redescend, on achève l’engraissement et on prépare le foin.

Pourquoi, et combien de fois

Parce que l’herbe est rare : 200 à 350 mm de pluie par an au nord, 100 à 200 mm au sud. Un pâturage usé met des années à revenir : on part donc avant. Le nombre de déplacements suit la ressource : deux dans les vallées bien arrosées, trois ou quatre ailleurs, davantage dans le Gobi. Quand l’herbe manque, une partie du troupeau part en отор (otor) — un déplacement supplémentaire vers une meilleure pâture, parfois très loin. Le climat et le surpâturage rendent ces sorties plus fréquentes.

Le jour du déménagement

Aucune cérémonie, aucune date annoncée : on regarde le ciel et l’herbe, on décide la veille. Le poêle et les coffres sortent, les cordes tombent, feutre et toiles sont roulés, les treillis se replient en accordéon. Une famille entraînée démonte en trente minutes à une heure. Comptez une demi-journée en tout : démontage, chargement, route, remontage, puis le thé. Le хот айл (khot ail), ce groupe de gers apparentées, part en général ensemble : une seule famille dans le Gobi, jusqu’à cinq dans les vallées bien arrosées.

Ce qu’on emporte

Tout tient en un ou deux chargements. Autrefois à dos de chameau ou de yak, comme encore dans le Gobi ; aujourd’hui une camionnette ou un petit camion. S’y ajoutent le panneau solaire, la batterie, la parabole et la moto : la vie quotidienne a changé, pas le calendrier.

La sédentarisation gagne

Le chiffre de 30 % de Mongols encore nomades, qu’on lit partout, repose sur des données anciennes : la part réelle est plus basse et baisse encore. Oulan-Bator est passée de 535 000 habitants en 1990 à près de 1,8 million en 2025 ; environ la moitié de ses ménages vivent dans les quartiers de gers, une minorité seulement sous une vraie ger. Chaque hiver dur accélère le mouvement : le dzud de 2023-2024 a tué 8,1 millions d’animaux, 12,6 % du cheptel ; l’hiver 2025-2026 a remis au moins neuf provinces sur vingt et une en situation de dzud. Demandez comment s’est passé le dernier hiver, il pèse sur les familles que vous rencontrerez. Les camps d’hiver se fixent : clôtures, hangar, maison de bois à côté de la ger. Beaucoup ne bougent plus que deux fois ; d’autres partent en ville.

Ce que ça change pour votre voyage

N’espérez pas « assister à la transhumance » comme à un spectacle : c’est une matinée de travail qu’aucune agence ne programme. Vos meilleures chances tombent fin mai-juin et en septembre. Une famille rencontrée en juin sera ailleurs en août : des coordonnées GPS ne servent à rien, un chauffeur du coin si. Les camps de yourtes touristiques, eux, ne bougent jamais. Si vous tombez sur un déménagement, proposez votre aide avant de sortir l’appareil : c’est la règle.

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