Dans un campement, vous voyez deux ou trois gers et une dizaine de personnes. Ce n’est pas un hameau, mais presque toujours une seule famille élargie. Savoir qui est qui change la visite.
La famille se dit гэр бүл (ger bül). Une ger abrite un couple, ses jeunes enfants et souvent un grand-parent. Le plus souvent, deux à quatre gers ensemble forment un хот айл (khot ail) : des frères, ou des parents et leur fils marié, qui gardent les bêtes et se déplacent ensemble. Moins de 30 % des Mongols vivent en zone rurale (Banque mondiale, 2024), et l’élevage nomade ne concerne qu’une partie d’entre eux. Chaque ger est un logement, pas un espace commun.
Le grand-père, өвөө (övöö), et la grand-mère, эмээ (emee), ne sont pas des retraités. Ils gardent les petits et tiennent la ger quand les adultes suivent le troupeau. Leur rôle grandit à la rentrée : l’école commence à six ans, l’année scolaire ouvre le 1er septembre, et les écoles de chef-lieu de soum disposent d’un internat. Les enfants partent donc à l’internat, ou chez des grands-parents installés au village. Résultat : de septembre à mai, les campements sont presque vides d’enfants. Pour voir une famille au complet, venez pendant les grandes vacances d’été.
Les épouses rejoignent la famille du mari ; les filles partent. Chaque fils reçoit une part du troupeau en se mariant, l’aîné plus que les suivants, et plante sa ger plus loin. Le cadet, отгон (otgon), reste auprès des parents, s’en occupe et hérite à leur mort de la ger familiale. Cette règle remonterait au Yassa, le code de Gengis Khan, dont aucun texte ne subsiste. Tolui, le plus jeune des quatre fils de son épouse principale, a hérité du pays mongol, ses frères des territoires lointains. Otgonbayar, « bonheur du cadet », était en 2012 le deuxième prénom le plus porté du pays, derrière Bat-Erdene.
Un enfant élevé par sa grand-mère, une tante ou un couple sans enfant n’a rien d’exceptionnel. N’insistez pas pour savoir qui est la mère. Il n’existe pas non plus de nom de famille au sens occidental : ce qui précède le prénom sur un passeport est le prénom du père au génitif. On appelle toujours quelqu’un par son prénom. Un nom de clan, овог (ovog), figure sur la carte d’identité depuis 2000, pas sur le passeport.
Le partage est net sans être rigide. Les hommes montent et rassemblent le gros bétail. Les femmes traient, transforment le lait et tiennent le côté est de la ger. Les enfants gardent moutons et chèvres près du camp. L’hiver, tout se résume à garder les bêtes vivantes : celui de 2024 a tué 7,1 millions d’animaux, plus de 10 % du cheptel national. Passez plutôt en fin de matinée ou en fin d’après-midi : à l’aube, personne n’a le temps.
La nuit chez l’habitant passe par votre chauffeur ou votre agence, rarement à un tarif affiché. Demandez ce qui est inclus avant de partir. Un cadeau utile vaut mieux qu’un souvenir : un sac de farine et une brique de thé pris à la boutique du soum coûtent quelques euros. Relisez les codes du repas et les règles de politesse avant d’entrer. Ce qui déçoit : aucune intimité, de longs silences, une famille qui vit sa journée sans vous mettre en scène. C’est précisément l’intérêt.
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