Baldan Bereeven, le géant du Khentii

Dans la vallée de la Baruun Jargalant, à plus de cent kilomètres au nord-ouest du chef-lieu du Khentii, un champ de ruines s’étale au pied d’une falaise de granit. C’est Baldan Bereeven. Au milieu du XIXe siècle, c’était le principal centre religieux de l’est du pays et l’un des plus grands monastères de Mongolie. Il n’en reste presque rien. C’est justement ce qui rend la visite intéressante, à condition de savoir ce qu’on regarde.

Ce que le site a été

Les sources divergent sur la fondation, 1654 ou les années 1770, autour du lama Tsevendorj. Le monastère appartenait à l’école guelougpa, dominante dans le bouddhisme tibétain mongol. Le temple principal, Dash Tsepel Ling, est achevé en 1776, le grand hall Tsogchin en 1813. Vers 1850, l’ensemble compte quatre collèges, plus de vingt temples et cinq à huit mille moines selon les sources. Une épidémie, vers 1900, ramène la communauté à deux ou trois mille. En 1937, les purges menées sous Choibalsan rasent le complexe ; les moines sont fusillés ou envoyés en camp. Le musée des victimes des répressions politiques, à Oulan-Bator, est la bonne préparation à cette visite.

Ce qui reste à voir

Trois petits temples d’origine ont survécu en partie, restaurés depuis les années 1990 d’après les matériaux, les plans et les photos d’archives. Autour, le terrain porte les vestiges d’une cinquantaine de temples et de stupas : soubassements, pans de murs, blocs épars. Entre 1998 et 2004, un chantier international a fait travailler plus de 300 bénévoles avec une équipe mongole. Le plus fort n’est pourtant pas le bâti : c’est la falaise du Munkh Ulziit, juste derrière. Le granit porte des divinités gravées, des mantras et un grand Soyombo. Un sentier de pèlerinage de plus d’un kilomètre relie ces gravures et passe par un point de vue. Comptez deux à trois heures sur place. Les quatre sommets qui ferment la vallée sont tenus pour sacrés : vous croiserez des ovoo. Le site figure depuis 2014 sur la liste indicative de l’UNESCO, sans inscription à ce jour.

Y aller

Comptez 290 à 300 km depuis Oulan-Bator, au nord-est : environ 180 km de bitume, deux à trois heures, puis 110 km de piste vers Omnodelger, trois à quatre heures de plus selon le sol. Le chef-lieu du Khentii n’est pas sur le trajet : il reste à plus de cent kilomètres au sud-est. Un 4x4 avec chauffeur est la solution réaliste, de l’ordre de 80 dollars par jour véhicule et conducteur compris ; vérifiez au moment de réserver. Aucun bus ne va au monastère. Les lignes régulières s’arrêtent au chef-lieu, à l’est : de là, il faut encore remonter vers le nord-ouest. Ce n’est pas la bonne porte d’entrée. La signalisation est quasi inexistante sur la piste : chargez vos cartes hors ligne.

Saison, nuit et déconvenues

Juin à septembre. Après un gros orage, la piste se transforme en boue et la journée saute. Sur place, l’hébergement est rare : prévoyez le bivouac ou un camp de yourtes réservé à l’avance. Trois erreurs reviennent souvent.

  • Viser l’aller-retour dans la journée depuis la capitale : c’est irréaliste, comptez deux nuits.
  • Attendre un monastère vivant comme Gandan ou Erdene Zuu : ici, la communauté est minuscule et les offices rares.
  • Faire le détour sans goût pour les ruines ni pour les gravures. Ongi, sur la route du Gobi, se visite en chemin, sans détour.

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