Visiter un monastère mongol, c’est presque toujours visiter une reconstruction. Comprendre pourquoi change complètement ce qu’on regarde.
Le bouddhisme tibétain a structuré la Mongolie pendant des siècles. Puis, entre 1937 et 1939, les purges staliniennes ont rasé environ 700 monastères et tué plus de dix mille moines. Des complexes entiers, comptant des centaines de bâtiments et des murs de pierre d’un demi-mètre d’épaisseur, ont été détruits méthodiquement.
C’est l’un des anéantissements religieux les plus complets du XXe siècle, et il explique le paysage actuel : des sites reconstruits après 1990, quelques temples miraculeusement épargnés, et beaucoup de ruines.
En 1944, Staline fit pression sur Choibalsan pour qu’il conserve deux monastères — Gandan à Oulan-Bator et Erdene Zuu à Kharkhorin. Le motif n’avait rien de spirituel : il s’agissait de montrer aux visiteurs étrangers, comme le vice-président américain Henry Wallace, que le régime respectait la liberté religieuse.
Ces deux sites, aujourd’hui les plus visités du pays, doivent donc leur survie à une opération de communication.
Fondé en 1835, Gandantegchinlen — Gandan en abrégé — est le plus grand monastère actif de Mongolie. Manqué de peu par la destruction, rouvert en 1944, il est devenu le symbole de la continuité religieuse dans la capitale.
C’est le seul grand monastère qu’on visite sans quitter la ville, et le meilleur endroit pour assister à un office : les cérémonies ont lieu tôt le matin. Voir que visiter à Oulan-Bator.
Bâti en 1585 sur le site de l’ancienne capitale impériale, c’est le plus ancien monastère bouddhiste subsistant du pays. Il comptait autrefois plus de 60 temples, 300 yourtes et un millier de moines dans son enceinte.
En 1937, tous les temples furent détruits sauf trois. Les moines furent tués ou envoyés en camp. Rouvert comme musée en 1965, Erdene Zuu est redevenu un monastère actif en 1990 : de petites assemblées de prière s’y tiennent à nouveau.
L’un des ensembles les mieux préservés du pays, dans un vallon isolé du nord. Sa situation à l’écart lui a sans doute épargné le pire. C’est le monastère le plus impressionnant architecturalement pour qui accepte le détour.
→ Le monastère d’Amarbayasgalant
Des ruines dans une vallée boisée du Bogd Khan Uul, à une heure d’Oulan-Bator. Ici, rien n’a été reconstruit : on voit ce que les purges ont laissé. C’est, paradoxalement, le site le plus parlant sur ce qui s’est joué en 1937.
La religion mongole ne se réduit pas au bouddhisme. Le chamanisme lui préexiste et ne s’est jamais éteint : les deux coexistent, se mélangent, et se lisent dans les mêmes gestes. Les ovoo — cairns de pierres sur les cols, ornés d’écharpes bleues — en sont l’exemple le plus courant : on en fait trois fois le tour dans le sens des aiguilles d’une montre, en ajoutant une pierre.
→ Eej Khad, le rocher-mère · Religion et politique
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