Zanabazar, sculpteur et premier Bogd Gegeen de Mongolie

Öndör Gegeen Zanabazar (Өндөр гэгээн Занабазар, ondor gegeen Zanabazar, « le haut illuminé ») est un nom que le voyageur croise dans les musées d’Oulan-Bator sans qu’on le lui explique.

Sa vie, de la steppe à Pékin (1635-1723)

Né en 1635 à Yesönzüil, dans l’actuel Övörkhangai, fils du Tüsheet Khan Gombodorj. En 1639, à quatre ans, les nobles khalkhas le proclament chef spirituel au lac Shireet Tsagaan : Oulan-Bator fait remonter sa fondation à ce campement. En 1649, à Lhassa, le cinquième dalaï-lama le reconnaît comme réincarnation de Taranatha : c’est là que le bouddhisme mongol bascule durablement dans l’orbite tibétaine. Il meurt à Pékin le 18 février 1723.

Le fondeur de bronzes

On lui attribue le renouveau en Mongolie de la fonte à la cire perdue ; il travaille le bronze doré, dans un style hérité des ateliers népalais. La datation la mieux documentée : les cinq bouddhas de méditation, coulés vers 1683. Suivent la Tara blanche (Цагаан Дарь эх, tsagaan dari ekh), les vingt et une Tara, un Vajradhara. On l’appelle souvent « le Michel-Ange d’Asie » ; le corpus authentifié est pourtant mince, et beaucoup de pièces sont dites « de son école », ce qui ne veut pas dire de sa main.

L’écriture soyombo

En 1686, il dessine l’écriture soyombo (Соёмбо), conçue pour noter aussi bien le mongol que le tibétain et le sanskrit. Elle n’est jamais entrée dans l’usage courant : c’est l’écriture verticale qui a tenu. Un seul signe a survécu, le symbole soyombo, dans la bande rouge côté hampe du drapeau national, où il figure depuis l’indépendance de 1911.

Tövkhön, son atelier de montagne

Il fonde cet ermitage (Төвхөн) vers 1648, à 2 600 m d’altitude, et y travaille par intermittence pendant trente ans ; le soyombo y naît. Le site est à environ 47 km au sud-ouest de Kharkhorin, dans la vallée de l’Orkhon classée à l’UNESCO en 2004. On laisse le véhicule en bas : 45 min à 1 h de montée raide en forêt, ou un cheval de location. Praticable de juin à septembre environ ; hors saison, neige et boue rendent la montée aléatoire, renseignez-vous à Kharkhorin. Comptez une demi-journée, emportez eau et pique-nique : rien à acheter là-haut. Détruit par les Oïrats en 1688, gravement endommagé par les purges des années 1930, rouvert en 1992 : ce que l’on visite est en partie reconstruit, mais deux temples et deux stupas du XVIIe siècle sont d’origine.

Où voir ses bronzes aujourd’hui

La collection de référence est au musée des beaux-arts Zanabazar (Дүрслэх урлагийн музей), ouvert en 1966 dans une maison de marchand russe. Entrée de l’ordre de 15 000 MNT (environ 4 €) en 2025, à reconfirmer sur place ; droit de photo facturé à part, plus cher que le billet. Une à deux heures suffisent. Le musée national Gengis Khan, le temple-musée Choijin Lama et le palais d’hiver du Bogd Khan en conservent aussi. Hors de la capitale, trois sites liés à sa vie, mais sans bronzes de sa main : Erdene Zuu, fondé par son arrière-grand-père, le monastère de Shankh qu’il fonde en 1647 près de Kharkhorin, et Amarbayasgalant, bâti de 1727 à 1736 pour abriter sa dépouille.

Trois choses à savoir avant d’y aller

  • Les horaires bougent. Comptez 9 h-18 h en été, moins en hiver, mais vérifiez la veille par téléphone : les sources divergent.
  • Il n’y a pas de tombeau à voir. Sa dépouille, transférée à Amarbayasgalant en 1779, a disparu lors des purges de 1937.
  • Les chefs-d’œuvre voyagent. Les pièces majeures partent parfois en prêt : une salle peut être incomplète le jour de votre visite.

À lire ensuite : le guide des musées d’Oulan-Bator · découvrir la Mongolie.

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