Le Gobi n’est pas vide. Des familles y vivent du troupeau, sur des parcours qui reçoivent moins de 200 mm de pluie par an. Comprendre leur organisation change ce que vous voyez par la vitre.
L’Ömnögovi, la plus grande province du pays, couvre 165 380 km² pour 76 153 habitants recensés en 2023, répartis sur quinze districts, Dalanzadgad compris. Les campements ne se voient pas depuis la piste : on les installe à l’écart, dans un repli de terrain, là où le vent tape moins.
La chèvre domine : c’est elle qui rapporte de l’argent, par le cachemire peigné à la main en avril et mai. Le chameau de Bactriane fournit le reste — bât, laine, lait. La Mongolie compte de l’ordre d’un demi-million de chameaux ; l’Ömnögovi en concentre le plus. Les bovins sont rares et le yak absent : ni l’un ni l’autre ne tient la chaleur. Les bêtes broutent des buissons ligneux plus que de l’herbe, le saxaoul en tête. Le détail des cinq espèces est sur une autre page.
Ailleurs, on suit l’herbe. Ici, on suit l’eau. Le campement se pose à portée de puits, et une famille déménage deux à quatre fois par an entre des sites connus et réutilisés. Une partie des puits mécanisés date des coopératives d’État ; beaucoup ont cessé de fonctionner après 1990 et leur remise en service reste un chantier. L’eau se remonte au seau ou à la pompe, à la main, et se partage entre voisins. Le sol nu sur deux ou trois cents mètres autour du puits, c’est le prix du point d’eau. Pour vous, l’eau se prévoit par étapes : on ne se sert pas au puits d’un campement sans demander.
Presque chaque yourte porte un panneau solaire, quelques dizaines de watts : une ampoule, une télévision, un téléphone. N’espérez pas y recharger trois batteries d’appareil photo. La moto a largement remplacé le cheval pour rassembler le troupeau. Le réseau mobile passe par intermittence, souvent depuis une crête.
On s’arrête à distance et on appelle nokhoi khor, tenez le chien. On enjambe le seuil sans le toucher, on ne passe pas entre les deux piliers centraux, on va vers la gauche : ces codes ne sont pas décoratifs. Le thé au lait salé arrive avant toute conversation ; prenez-le de la main droite, coude soutenu par la gauche, et trempez-y au moins les lèvres. En été, on vous servira peut-être du khoormog, lait de chamelle fermenté, plus gras que l’airag de jument. Apportez de l’utile acheté au dernier chef-lieu : farine, thé, piles, savon. Ne demandez jamais combien de bêtes possède la famille : l’hiver 2023-2024 a tué plus de sept millions d’animaux dans le pays, plus de 10 % du cheptel.
Oulan-Bator–Dalanzadgad fait environ 550 km d’asphalte, environ huit heures, ou une heure d’avion, fréquences saisonnières à vérifier. Au-delà, tout se fait en 4x4 avec chauffeur : de l’ordre de 120 à 160 dollars par jour, guide en supplément, tarifs à reconfirmer. Juin et septembre sont les bonnes fenêtres ; mai reste venteux, avec des tempêtes de sable. Deux déconvenues courantes. La « visite chez les nomades » vendue dans un circuit dure parfois quarante minutes et se limite au thé. Et une famille n’occupe pas en août le site où elle était en mai : aucun programme ne peut promettre un campement précis à l’avance.
À lire ensuite : dormir chez l’habitant · les chameliers du Gobi · où dormir dans le Gobi · le climat du Gobi mois par mois.
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