Le шагай (shagai) est l’astragale, le petit os de la cheville du mouton ou de la chèvre ; presque chaque yourte en garde un sac. Si vous passez une soirée chez l’habitant, on en sortira une poignée : c’est la façon la plus simple d’entrer en contact sans parler mongol.
L’osselet tombe sur l’une de ses quatre faces, chacune portant le nom d’un animal du troupeau : le mouton, хонь (khon), la chèvre, ямаа (yamaa), le chameau, тэмээ (temee), et le cheval, морь (mor), la face la plus prisée. La forme attribuée à chaque face varie selon les sources : faites-vous montrer les positions sur place. Une cinquième, rare, ne sort que sur un sol irrégulier ; on la rattache à la vache, үхэр (ukher), et les cinq museaux tiendraient alors dans un seul os. Les noms se retiennent vite avec l’alphabet cyrillique.
Dans le морь уралдах (mor uraldakh), la course de chevaux, on aligne une piste d’osselets et l’on avance selon les jets. Le шагай няслах (shagai nyaslakh) consiste à envoyer d’une chiquenaude un osselet contre un autre montrant la même face, sans toucher les voisins : touché, il est à vous. Les règles changent d’une famille à l’autre : observez un tour avant de jouer. La saison du jeu, c’est l’hiver, autour du Tsagaan Sar.
Depuis 2001, le tir aux osselets, шагайн харваа (shagain kharvaa), est une discipline officielle du Naadam, à côté de la lutte, des courses de chevaux et du tir à l’arc. Assis, le tireur projette d’une chiquenaude du majeur un petit projectile, le сум (sum), posé sur un support de bois, le хашлага (khashlaga). La cible, le хасаа (khasaa), se dresse à 4,7 m, soit neuf coudées : l’UNESCO, qui a inscrit la pratique en 2014, la décrit comme un ensemble d’osselets de mouton que trente petites tablettes lancées par l’équipe doivent faire tomber. Une équipe compte six à huit joueurs, sept le plus souvent, dont six tirent ; un match dure environ 80 minutes. À chaque coup au but, les coéquipiers lancent le уухай (uukhai), un chant modulé.
À Oulan-Bator, les rencontres se tiennent dans une halle voisine du terrain de tir à l’arc, pendant les trois jours de compétition, du 11 au 13 juillet ; l’accès est en général libre et la salle rarement pleine. Trente minutes suffisent : c’est lent, silencieux entre deux tirs, et ceux qui attendent l’équivalent de la lutte repartent déçus. Voir le Naadam en pratique.
Pour le шагайн мэргэ (shagain merge), la divination domestique, on tient quatre osselets dans la main droite, on pose sa question, on les jette. Quatre faces différentes d’un seul coup forment le дөрвөн бэрх (dorvon berkh), signe favorable ; quatre chevaux, plus rares, restent parfois plusieurs jours sur l’autel familial. Rien d’un rituel chamanique : un geste domestique.
Les osselets se vendent par sachets au marché Narantuul et dans les boutiques de souvenirs, souvent avec une fiche d’interprétation. Vérifiez qu’il s’agit de vrai os et non de plastique moulé. Renseignez-vous avant le retour : les produits d’origine animale sont réglementés à l’entrée de l’Union européenne comme du Canada, et les règles évoluent. Voyez ce qu’on peut emporter.
Pour aller plus loin : les autres jeux mongols, la musique traditionnelle, langue et culture de la Mongolie.
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