La musique mongole ne se résume pas au chant diphonique. C’est un ensemble de genres vocaux et instrumentaux nés de la vie pastorale, dont six éléments figurent sur les listes de l’UNESCO. Les distinguer change ce que vous entendrez pendant votre voyage en Mongolie.
La chanson longue, Уртын дуу (urtiin duu), étire chaque syllabe : une poignée de mots peut occuper plusieurs minutes. La chanson courte, Богино дуу (bogino duu), est brève, rythmée, souvent drôle : c’est elle qu’on entend réellement en soirée. Le magtaal (Магтаал) est un éloge chanté, adressé à une montagne, à un cheval, à un lutteur. Le khoomii (Хөөмий), lui, est une technique et non un répertoire.
À part se tient l’épopée, Тууль (tuuli), déclamée et chantée sur des centaines à des milliers de vers, accompagnée au morin khuur ou au luth tovshuur. L’UNESCO l’a inscrite en 2009 sur la liste du patrimoine nécessitant une sauvegarde urgente : le nombre de maîtres et d’apprentis diminue. En entendre une complète relève de la chance, pas du programme.
L’urtiin duu a été proclamé chef-d’oeuvre du patrimoine oral en 2005, puis inscrit en 2008 sur la Liste représentative, dans un dossier déposé conjointement par la Mongolie et la Chine. L’UNESCO en décrit l’ornementation abondante, le passage en voix de tête et une tessiture très large, sans forme fixe ; la montée est lente, la descente plus rythmée. On le chante aux mariages, aux naissances, à l’inauguration d’une yourte, au marquage des poulains et au naadam de campagne. C’est une musique de circonstance, pas de concert.
Le morin khuur (Морин хуур), vièle à deux cordes de crin, a été proclamé en 2003 et inscrit en 2008. Autour de lui : le tovshuur (Товшуур), la cithare yatga (Ятга), le luth shanz, le tympanon yoochin et la flûte limbe (Лимбэ), dont la technique de souffle continu est classée en péril depuis 2011. Le tsuur, flûte droite à trois trous des Uriankhai de l’Altaï, l’est depuis 2009 : une quarantaine de morceaux seulement subsistent au répertoire.
Un contresens courant : le grand orchestre d’instruments traditionnels, pupitres alignés et gamme tempérée, n’est pas ancien. Il a été bâti au XXe siècle sous le régime socialiste, sur modèle soviétique, en normalisant des instruments jusque-là solitaires. C’est beau, mais ce n’est pas ce que jouait un berger.
Le spectacle folklorique du soir dure une heure et enchaîne des numéros courts ; comptez de l’ordre de 40 000 à 60 000 tugriks, un ordre de grandeur à reconfirmer sur place. La Philharmonie d’État, rue Amar (Амарын гудамж), près de la place Sukhbaatar, abrite un ensemble de morin khuur, mais l’affiche est surtout symphonique : ces dates-là sont rares, à guetter au calendrier. La saison court de l’automne au printemps, l’inverse de la saison touristique ; les programmes bougent, vérifiez, comme pour l’opéra et le théâtre.
Hors de la capitale, c’est une affaire de patience. Un séjour chez l’habitant finit parfois en chansons après le repas, et l’on vous en demandera une : préparez-la. Dans l’Altaï, khoomii et tsuur restent vivants, mais Khovd et Olgii s’atteignent en vol intérieur depuis Oulan-Bator, pas à la journée. Et en Bayan-Olgii, la musique dominante est kazakhe, jouée à la dombra : un autre monde sonore.
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