Le khoomii est une technique vocale : un seul chanteur produit deux sons en même temps. Un bourdon grave et tenu, et au-dessus une mélodie d’harmoniques. Le mot signifie « pharynx ». Aucun truquage : le chanteur filtre les harmoniques de sa propre voix en modulant sa bouche, sa langue et ses lèvres. L’un des souvenirs sonores les plus nets d’un voyage en Mongolie.
L’UNESCO retient deux styles principaux. Le kharkhiraa, ou khoomii profond, fait ressortir l’harmonique inférieure ou la sous-harmonique à l’octave en dessous : un bourdon rauque, très physique. L’isgeree khoomii, ou khoomii sifflé, met en avant les harmoniques aiguës ; c’est la flûte surnaturelle que tout le monde reconnaît. S’y ajoutent des techniques d’ornementation, dont le bagalzuuryn khoomii, pharyngé. Un bon chanteur passe de l’une à l’autre dans le même morceau.
« L’art traditionnel du khoomei mongol » est inscrit en 2010 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, au nom de la Mongolie. La Chine avait obtenu dès 2009 l’inscription de « l’art mongol du chant khoomei » pour la Mongolie-Intérieure. Ce doublon reste mal vécu à Oulan-Bator. À manier avec tact, comme beaucoup de sujets de culture mongole.
Le khoomii va souvent de pair avec le morin khuur, la vièle à tête de cheval : caisse trapézoïdale, manche sans frettes, deux cordes et un archet en crin, une tête sculptée au sommet. Sa musique a été proclamée chef-d’oeuvre du patrimoine oral en 2003, puis inscrite sur la Liste représentative en 2008. La légende la plus répandue raconte que le berger Khökhöö Namjil reçut un cheval ailé que certaines versions nomment Jonon Khar, qui le portait chaque nuit auprès de celle qu’il aimait. Une femme jalouse fit couper les ailes ; le cheval tomba et mourut. Namjil fit avec sa peau et ses crins un instrument à tête de cheval pour continuer à l’entendre. D’autres versions circulent chez les éleveurs nomades.
Le plus simple est le spectacle du soir. Plusieurs troupes jouent quotidiennement en saison, souvent vers 18 h, pour une heure : khoomii, morin khuur, chant long, danse tsam, contorsion. Ordre de grandeur des places : 40 000 à 60 000 MNT selon la salle, soit environ 10 à 15 €. Horaires et tarifs bougent souvent : faites confirmer par votre hébergement le jour même. Hors saison, dès septembre, beaucoup de troupes s’arrêtent ou réduisent fortement leur programmation. Pour un concert et non un florilège, cherchez l’Ensemble d’État de morin khuur, fondé en 1992. Voir aussi les spectacles folkloriques, l’opéra et le théâtre et les prix courants. En juillet, le Naadam multiplie les occasions.
Le soum de Chandmani, province de Khovd, à environ 160 km de la ville, passe pour le berceau du khoomii et a accueilli plusieurs festivals internationaux de chant diphonique. Khovd est à plus de 1 100 km d’Oulan-Bator : c’est un vol intérieur, pas une excursion. N’y allez que si votre itinéraire passe déjà par les montagnes de l’Altaï : comptez deux semaines pour que ce détour ait un sens.
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