La lutte mongole : comprendre le bökh

Le bökh est le sport national mongol et le coeur du Naadam. C’est aussi le plus opaque des trois jeux pour un étranger.

Une seule règle, et elle suffit

Un lutteur perd dès qu’il touche le sol avec autre chose que les pieds ou la paume des mains : genou, coude, dos, hanche, tête. Pas de points, pas de reprises, pas de tapis. Frapper, étrangler et bloquer une articulation sont interdits. Un combat dure dix secondes ou quarante minutes.

Ni poids, ni âge, ni taille

Il n’existe aucune catégorie. Un homme de 70 kg peut tomber sur un colosse de 150 kg au premier tour. Le tournoi national se joue en élimination directe, à 512 lutteurs sur neuf tours (1 024 sur dix les années anniversaires). Les premiers tours sont déséquilibrés exprès : les titrés affrontent les inconnus.

Les titres se comptent en tours

Le rang ne dépend pas d’un palmarès annuel mais du nombre de tours franchis au Naadam national, ici sur neuf tours. Cinquième tour : nachin, le faucon. Sixième : khartsaga, l’épervier. Septième : zaan, l’éléphant. Huitième : garid, le garuda. Neuvième : arslan, le lion, c’est-à-dire le vainqueur du tournoi. Le titre d’avarga, le titan, exige une seconde victoire nationale. L’épervier et le garuda ont été ajoutés par le parlement en 2003. Ces titres sont acquis à vie et ne s’obtiennent nulle part ailleurs.

Zodog, shuudag, gutal

La veste ouverte sur la poitrine s’appelle zodog, le slip shuudag, les bottes gutal. La légende l’attribue à la victoire d’une femme déguisée en homme : aucune source ne l’établit. Rien à voir avec le deel du quotidien, que portent les juges et que vendent les boutiques d’artisanat.

La danse de l’aigle et le zasuul

Avant et après chaque combat, le lutteur exécute le devekh, l’imitation de l’envol de l’aigle. Chacun est secondé par un zasuul, qui tient son chapeau, chante ses titres et le pousse à engager quand rien ne se passe. Le perdant dénoue sa veste et passe sous le bras levé du vainqueur. Celui-ci reçoit des aaruul, ces caillés séchés de la cuisine nomade, en lance vers le ciel et partage le reste. Ces gestes relèvent des codes locaux.

Suivre un tournoi sans rien y connaître

Au premier tour, des dizaines de combats se déroulent en même temps sur la pelouse : renoncez à tout voir. Choisissez deux zasuul en deel coloré et suivez leurs lutteurs. Un long téléobjectif change tout, voyez nos conseils pour photographier la Mongolie. Revenez au centre du terrain dès le sixième tour : la réaction de la foule vaut commentaire.

Où et quand en voir

Le Naadam national se tient du 11 au 13 juillet à Oulan-Bator, mais les premiers tours démarrent souvent dès le 10 au stade central : vérifiez le programme, il bouge chaque année. Comptez une demi-journée minimum ; l’accès est détaillé dans notre page pratique. Le billet d’ouverture démarre autour de 25 dollars et part vite : une agence locale reste le moyen le plus sûr. Réservez l’hôtel tôt, juillet étant la haute saison. Sinon, le Danshig Naadam, organisé en été à une date variable, et les naadams d’aimag, souvent gratuits ou presque et bien plus lisibles, valent souvent mieux.

Ce qui déçoit

Le stade est en plein soleil et sans commentaire en français : chapeau, eau, patience. Beaucoup arrivent le 11 juillet sans billet et restent dehors. Enfin, ce n’est pas un spectacle mais une compétition, lente par moments. Pour l’ambiance plutôt que le sport, un naadam de province avec un bol d’airag donne davantage.

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