Danzanravjaa, le poète du Gobi

Dans le Gobi oriental, un nom revient partout : Danzanravjaa. Hors de Mongolie, presque personne ne le connaît. Sur place, il justifie à lui seul un détour par Sainshand.

Lama, médecin, dramaturge

Dulduityn Danzanravjaa naît en 1803 et meurt en 1856. Il est reconnu comme cinquième réincarnation du Noyon Khutagt, une lignée de l’école nyingma, dite des bonnets rouges. C’est une minorité dans un pays où le bouddhisme tibétain est dominé par les guelougpa.

À dix-sept ans, en 1820, il fonde le monastère de Khamaryn Khiid. Il y ajoute une bibliothèque, un musée, une école donnant un enseignement non religieux, et en 1832 un théâtre, le Saran Khökhöö ou Coucou de la lune, aussi appelé Namtar Duulakh Datsan, tenu pour le premier théâtre public professionnel du pays. Il laisse plus de 300 poèmes, une centaine de chansons et des traités religieux et médicaux, écrits en mongol comme en tibétain.

Des textes enterrés dans le sable

Le lama Tuduv, gardien des reliques, met les coffres à l’abri dans le désert avant l’arrivée des soldats. En 1937, les purges staliniennes rasent Khamaryn Khiid. Les coffres restent enfouis plus de cinquante ans. En 1991, son petit-fils Altangerel Zundui en exhume vingt-quatre et ouvre un musée avec 64 objets. La sécheresse du Gobi avait tout conservé.

Le musée de Sainshand

Le musée Danzanravjaa compte aujourd’hui plus de 2 000 pièces : manuscrits, costumes de scène, masques tsam, statues. Une heure suffit. Les cartels sont surtout en mongol. Venez avec un guide ou une traduction hors ligne, sinon vous regarderez des vitrines sans rien comprendre. L’entrée coûte quelques milliers de tugriks, mais le droit de photographier se compte en dizaines de milliers, bien plus cher que le billet. Tarifs à vérifier sur place, comme dans la plupart des musées de province.

Khamaryn Khiid et Shambhala

Le monastère se trouve à une cinquantaine de kilomètres au sud de Sainshand, moins d’une heure de route, en plein désert. Il comptait plus de 80 temples et environ 500 moines à son apogée. Ce que vous voyez aujourd’hui est une reconstruction postérieure à 1990, pas un ensemble ancien. Plus loin, le site de Shambhala attire surtout des pèlerins mongols. Vous y serez souvent le seul étranger.

Y aller, combien de temps

Sainshand est à environ 460 km au sud-est d’Oulan-Bator, sur la ligne transmongole. Le trajet se fait en train ou par la route goudronnée via Choir, ouverte en 2013. Piège classique : les trains de la ligne de Zamyn-Uud peuvent vous déposer en pleine nuit. Vérifiez l’horaire exact avant de réserver.

Sur place, ni bus ni restaurant à Khamaryn Khiid. Négociez un taxi ou un 4x4 à la journée depuis Sainshand, quelques dizaines de milliers de tugriks, tarif à confirmer sur place, et emportez de l’eau. Deux jours suffisent pour le musée et le monastère. La réserve d’Ikh Nart n’est pas une excursion à la journée depuis Sainshand : environ 140 km au nord-ouest à vol d’oiseau, davantage par la route. Elle se place sur le retour vers Oulan-Bator. Venez entre mai et septembre : les records relevés à Sainshand vont de -37 °C à près de 42 °C.

Ce qui déçoit

Ne venez pas pour le paysage. Le Gobi de l’est est plat et caillouteux : aucune dune comparable à Khongoryn Els, pas de falaises rouges. L’intérêt est historique et spirituel, pas scénique. Ceux qui arrivent en attendant un Gobi de carte postale repartent déçus, et c’est l’une des erreurs les plus fréquentes dans cette région.

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