Trois ou quatre films mongols valent mieux qu’un guide de plus. Vous entendrez la langue, vous verrez l’intérieur d’une yourte sans mise en scène touristique, et vous comprendrez pourquoi la moitié du pays vit désormais à Oulan-Bator.
Le studio Mongolkino est fondé à Oulan-Bator en 1935, avec l’aide technique soviétique. Le premier film dirigé par un Mongol, un court métrage en noir et blanc, Norjmaagiin Zam, sort en 1938, signé Baldan ou Temet Natsagdorj selon les sources. Deux titres surnagent de la période socialiste : Tungalag Tamir (1970) de Ravjagiin Dorjpalam, et Garid Magnai (1983) de Jamyangiin Buntar, sur la lutte mongole. Enfin Mandukhai la Sage (Мандухай сэцэн хатан, Mandukhai setsen khatan, 1987) de Begziin Baljinnyam est un classique grand public : la reine qui réunifia les Mongols au XVe siècle. Il en dit long sur la place des femmes de pouvoir.
L’Histoire du chameau qui pleure (2003), de Byambasuren Davaa et Luigi Falorni, fut nommé à l’Oscar du documentaire en 2005. C’est un docu-fiction tourné chez des éleveurs du Gobi ; le rituel qui apaise la chamelle par la musique existe vraiment. Davaa a poursuivi avec Le Chien jaune de Mongolie (2005), puis Les Veines du monde (2020, Berlinale), sur la mine. Plus âpre : State of Dogs (1998), de Peter Brosens et Dorjkhandyn Turmunkh, filmé dans les quartiers de yourtes.
Deux films de 2023 ont tout changé. Si seulement je pouvais hiberner (Баавгай болохсон, Baavgai bolohson), de Zoljargal Purevdash, est le premier film mongol retenu en sélection officielle à Cannes, à Un Certain Regard. Un hiver dans un quartier de yourtes : c’est aussi un document précis sur la pollution au charbon. City of Wind (Сэр сэр салхи, Ser ser salkhi), de Lkhagvadulam Purev-Ochir, a valu à Tergel Bold-Erdene le prix d’interprétation Orizzonti à Venise ; son héros est un adolescent chamane. Ajoutez deux films du réalisateur Sengedorj Janchivdorj : The Sales Girl (2021) et Silent City Driver (2024), Grand Prix du festival de Tallinn.
Mongol (2007) de Sergueï Bodrov, sur Gengis Khan, a été tourné en Mongolie-Intérieure et au Kazakhstan, et présenté aux Oscars par le Kazakhstan. Urga (1991) de Nikita Mikhalkov, Lion d’or à Venise, se déroule en Mongolie-Intérieure, en Chine, où il a été tourné. Enfin La Jeune Fille et son aigle (2016), sur une adolescente kazakhe de Bayan-Ölgii, a été critiqué pour avoir exagéré l’hostilité faite aux femmes : l’historienne Adrienne Mayor rappelle que la chasse à l’aigle a toujours compté des femmes. Voyez-le, mais n’arrivez pas au festival de l’Aigle d’or avec ce scénario en tête.
Les titres récents circulent sur les plateformes, mais les catalogues changent d’un pays à l’autre ; les classiques sont plus durs à débusquer. Le Festival international des cinémas d’Asie de Vesoul a fait restaurer quinze films mongols tournés entre 1936 et 1991, mais ces copies circulent en festival et entre professionnels, pas en vidéo à la demande : guettez ses rétrospectives, chaque hiver entre fin janvier et début mars. Sur place, ne comptez pas sur les salles. À Oulan-Bator, Tengis et Urgoo (Өргөө) programment surtout des blockbusters américains en anglais sous-titrés mongol, et les films mongols sans aucun sous-titre — deux heures de frustration polie. Aucune des deux n’affiche ses tarifs en ligne : le prix se lit au guichet. Le festival UBIFF, chaque octobre (du 16 au 22 en 2026), reste l’occasion la plus sûre de voir du cinéma mongol sous-titré en anglais.
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