Les femmes de l’empire mongol

Töregene, Sorkhaqtani, Mandukhai : trois femmes ont gouverné les Mongols ou refait leur unité. C’est une conséquence du mode de vie nomade, pas une curiosité.

Dans la steppe, la femme tient le camp

L’homme part : chasse, guerre, chevaux. La femme reste et administre. Jean de Plan Carpin (1245-1247) et Guillaume de Rubrouck (1253-1255) décrivent des femmes qui chargent les yourtes sur les chariots et gèrent les troupeaux. Elles possédaient et héritaient des biens. Les épouses de haut rang portaient le boqta, une haute coiffe à perles et plumes. Sur les cartels, cherchez le mot хатан (khatan) : reine, épouse de khan. Du camp à l’empire, il n’y a qu’un changement d’échelle. Cette répartition des rôles tient encore chez les éleveurs.

Gengis Khan mariait ses filles aux chefs alliés et leur laissait le pouvoir réel. Alakhaï Beki, sa troisième fille, reçut le titre de « princesse qui gouverne l’État » et gouverna la Chine du Nord conquise à partir de 1215.

Töregene, quatre ans et demi à la tête de l’empire

Née chez les Naïman, elle épouse Ögödei, fils de Gengis Khan. Il meurt en 1241 ; elle prend la régence au printemps 1242 et la tient jusqu’en 1246. Elle renvoie les ministres de son mari, installe les siens, confie l’essentiel à Fatima, captive chiite déportée de Machhad, et lance des opérations contre les Song. Elle impose son fils Güyük, intronisé le 24 août 1246 près de Karakorum devant des milliers d’envoyés ; Plan Carpin y était. Güyük fit exécuter Fatima, et sa mère perdit tout.

Sorkhaqtani, la mère de quatre khans

Princesse kéraïte née vers 1199, veuve de Tolui dès 1232, elle refuse de se remarier et gère son apanage, dont le Hebei obtenu en 1236. Chrétienne de l’Église d’Orient, elle fait élever ses fils au contact du bouddhisme, de l’islam et du taoïsme. En 1251, alliée à Batu, elle fait élire son fils Möngke. Elle meurt le 1er mars 1252. Ses quatre fils — Möngke, Kubilaï, Hulagu, Ariq Böké — se partagent l’empire après Gengis Khan.

Mandukhai, celle qui a refait l’unité

Veuve de Manduul Khan, Mandukhai (vers 1449-1510, ou 1448-1526 selon des sources mongoles) adopte le jeune Batumönkh, le proclame khan vers 1480 sous le nom de Dayan Khan, puis l’épouse quand il atteint dix-neuf ans. Elle bat les Oirats et refait l’unité mongole, perdue depuis plus d’un siècle. Sept fils, trois filles. Les Mongols l’appellent Mandukhai Setsen, « la Sage » ; son nom se donne encore aujourd’hui comme prénom féminin.

Où en voir la trace

  • Le musée Chinggis Khaan d’Oulan-Bator montre des pièces liées à Mandukhai et des coiffes de khatan. Environ 30 000 MNT, fermé le mardi, 9h-20h du 15 mai au 14 septembre, 9h-17h ensuite. Trois heures ; vérifiez le tarif sur place.
  • Le musée national a la meilleure collection de coiffes et de costumes : 1h30 suffit, environ 20 000 MNT, tarif à confirmer sur place.
  • Une stèle dédiée à Mandukhai se dresse dans le parc de Khogno Khan, à environ 240 km à l’ouest de la capitale, quatre à cinq heures de route, sur le trajet de Kharkhorin. Le film Мандухай сэцэн хатан (Mandukhai setsen khatan), « Mandukhai la reine sage », sorti en 1988, est un classique du cinéma mongol ; on le dit tourné dans ce secteur, sans source sûre. Droit d’entrée comme dans toutes les aires protégées.
  • À Kharkhorin, déconvenue classique : de la ville, capitale de l’empire à partir de 1235, d’où Töregene gouvernait, il ne reste presque rien. Allez au musée et à Erdene Zuu, pas aux ruines.

Pour situer : histoire de la Mongolie · durée dans la vallée de l’Orkhon · découvrir la Mongolie.

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