Kubilai et la dynastie Yuan

Kubilai (Хубилай хаан, Khubilai khaan) naît en 1215 et meurt en 1294. Petit-fils de Gengis Khan, il fait ce que son grand-père n’avait pas fait : il s’installe, bâtit une capitale en dur et se proclame empereur de Chine. Ce choix vide la Mongolie de son centre politique, et explique pourquoi il en reste si peu ici.

De la guerre civile au trône chinois

Proclamé grand khan en 1260, Kubilai doit d’abord éliminer son frère Ariq Böke, qui incarne Karakorum et la steppe. La guerre dure de 1260 à 1264. En 1271, Kubilai donne à son État un nom chinois : Grand Yuan (Их Юань улс, Ikh Yuan uls). En 1279, la conquête des Song du Sud s’achève : il est le premier souverain non chinois à tenir toute la Chine. Ses deux expéditions contre le Japon, en 1274 et 1281, échouent.

Pékin capitale, Karakorum déclassée

Dès 1267, Kubilai fait bâtir une ville neuve sur le site de Pékin ; en 1272 elle devient Dadu, que les Mongols appellent Khanbalik. Karakorum n’est plus qu’un chef-lieu de province. La steppe devient même un front : Kaidu, de la branche d’Ögödei, combat Kubilai puis son successeur de 1268 à 1301, occupe un temps Karakorum et meurt après une défaite près de la ville.

Marco Polo, et où il faut aller pour le suivre

Marco Polo quitte Venise en 1271, atteint la cour vers 1275 à Shangdu, la résidence d’été, dit avoir servi le khan dix-sept ans, rentre en 1295 et dicte son récit en 1298 à Gênes. Des historiens discutent encore l’étendue réelle de son rôle. Pour votre voyage : Shangdu, classé à l’UNESCO en 2012, est en Mongolie-Intérieure, donc en Chine. On y va depuis Pékin, jamais depuis Oulan-Bator. Il faut combiner les deux pays : le train Pékin–Oulan-Bator met environ trente heures ; quelques départs par semaine, jours et horaires à vérifier.

La rupture de l’empire mongol

Après 1264, l’autorité réelle de Kubilai s’arrête aux frontières des Yuan. Horde d’Or, khanat de Djaghataï et Ilkhanat mènent leur propre politique : c’est la fin de l’empire unitaire, même si la Pax Mongolica maintient un temps les routes. Les Yuan tombent en 1368 : le dernier empereur, Toghon Temur, fuit vers le nord et meurt en 1370. La cour se replie en Mongolie, sous le nom de Yuan du Nord.

Ce qui reste à voir en Mongolie

Ne cherchez pas de ville Yuan : Karakorum a été rasée par les Ming en 1370-1380. Deux étapes tiennent la route.

  • Le musée Gengis Khan d’Oulan-Bator, ouvert en 2022 : le sixième étage traite des khanats et du Grand Yuan. 30 000 tougriks pour l’exposition permanente, 45 000 avec la salle du Grand Khaan ; fermé le mardi toute l’année. Deux à trois heures.
  • Kharkhorin (Хархорин), à 360 km d’Oulan-Bator, cinq à six heures de route goudronnée, davantage en minibus. Le musée de Kharkhorin conserve les fragments d’une stèle bilingue de l’époque Yuan. À côté, Erdene Zuu (1585), bâti avec les pierres de la cité ; hors les murs, les tortues de pierre, vestiges de Karakorum. Billet 10 000 tougriks environ. Une à deux heures chacun : une demi-journée suffit.

Le tout est dans la vallée de l’Orkhon, où le décor va changer : la Mongolie y bâtit une ville neuve, Shine Kharkhorum, loi-cadre de janvier 2025. Venez de juin à septembre ; en hiver les horaires se réduisent. Dernier héritage, invisible : c’est Kubilai qui a lié les Mongols au bouddhisme tibétain, par son maître Phagpa, auteur en 1269 d’une écriture carrée officielle, aujourd’hui abandonnée.

À suivre : l’histoire de la Mongolie · la Mongolie sous les Qing · combien de jours dans la vallée de l’Orkhon.

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