Soukhbaatar et Tchoïbalsan, les deux visages de 1921

Une place, une capitale, une ville de l’est : leurs noms sont partout, mais les deux hommes n’ont presque rien en commun. L’un meurt à 30 ans et devient une icône ; l’autre gouverne treize ans et signe des listes d’exécution.

Soukhbaatar, mort avant d’avoir régné

Damdin Soukhbaatar (Сүхбаатар / Sukhbaatar : сүх / sukh, la hache, et баатар / baatar, le héros) naît le 2 février 1893. Commandant en chef le 9 février 1921, il prend le 18 mars la garnison chinoise de Maimaachen, l’actuelle Altanbulag, face à la Kiakhta russe, puis entre dans la capitale le 6 juillet 1921 derrière les troupes soviétiques. C’est l’essentiel de son bilan : la révolution de 1921 doit autant à Moscou et à l’autonomie de 1911 qu’à lui. Il meurt le 20 février 1923, à 30 ans. Pneumonie ou poison ? Rien n’a jamais été prouvé ; l’accusation contre Tchoïbalsan reste une rumeur. En 1924, la capitale devient Улаанбаатар (Ulaanbaatar), « héros rouge ».

Tchoïbalsan, le dictateur

Khorloogiin Tchoïbalsan (Чойбалсан / Choibalsan), né le 8 février 1895, n’est en 1921 que commissaire politique de l’armée populaire et adjoint de Soukhbaatar. Le 24 mars 1939, il cumule la tête du gouvernement, l’Intérieur, la Guerre et le commandement de l’armée. De 1937 à 1939, la Grande Répression (Их хэлмэгдүүлэлт / ikh khelmegduulelt) fait, selon les estimations, de 20 000 à 35 000 morts, dont plus de 17 000 moines, et liquide environ 750 monastères. Il meurt à Moscou le 26 janvier 1952. C’est lui, pas Soukhbaatar, qui a façonné la Mongolie socialiste.

Ce qu’il en reste à Oulan-Bator

Sur la place Soukhbaatar (Сүхбаатарын талбай / Sukhbaataryn talbai), la statue équestre date de 1946 : sculpteur S. Choimbol, 10,62 m avec le socle. Accès libre, vingt minutes suffisent ; beaucoup moins en janvier. Leur mausolée commun, ouvert le 8 juillet 1954, a été démoli en 2005 ; les dépouilles ont été incinérées selon le rite bouddhique, et la colonnade de Gengis Khan a pris la place en 2006. Devant le musée national, le monument aux victimes des répressions politiques (1997, sculpteur L. Bold) passe inaperçu. La statue de Tchoïbalsan est restée devant l’université nationale, à dix minutes à pied.

Le musée qu’on ne peut plus visiter

Les guides francophones citent encore le musée des victimes des répressions politiques, ouvert en 1996 dans la maison de l’ancien Premier ministre Genden. La bâtisse en bois a été démolie en 2019 et remplacée par une tour de bureaux. Aucune réouverture n’est confirmée : vérifiez avant de vous déplacer. En attendant, les salles du XXe siècle du musée national et les ruines du monastère de Manzushir, détruit en 1937, disent la même chose. En été, les musées d’Oulan-Bator ouvrent en gros de 9h à 18h, pour quelques euros ; horaires raccourcis l’hiver, et un jour de fermeture hebdomadaire qui varie.

La ville qui a gardé son nom

Tchoïbalsan, chef-lieu du Dornod et l’une des plus grandes villes du pays avec 38 537 habitants au recensement de 2010, s’appelait Bayan Tümen jusqu’en 1941 et porte toujours le nom du maréchal. On y va en avion ou par la route, et le musée Joukov y rappelle Khalkhin Gol, en 1939. Détails sur Tchoïbalsan en pratique.

Ce que les Mongols en disent

Le 10 septembre est depuis 1996 la journée nationale de commémoration des victimes, et plus de 31 400 personnes ont été officiellement réhabilitées. Le discours courant reste pourtant indulgent : Tchoïbalsan aurait sauvé l’indépendance et n’aurait pas eu le choix face à Moscou. On en discute volontiers avec vous, mais n’arrivez pas avec un verdict tout fait.

À lire ensuite : la Mongolie politique d’aujourd’hui, la révolution démocratique de 1990 et Oulan-Bator en un jour.

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