Le 1er décembre 1911, un gouvernement provisoire proclame à Ourga la fin de deux siècles de tutelle mandchoue. Le 29 décembre, le huitième Bogd Gegeen est intronisé Bogd Khan, chef religieux et souverain temporel à la fois. Sa résidence se visite aujourd’hui : c’est le palais d’hiver, au sud d’Oulan-Bator.
La révolution chinoise de 1911 fait vaciller la dynastie Qing. Princes et haut clergé saisissent l’occasion. Le texte ne parle pas de création d’un État, mais de restauration : la Mongolie, affirme-t-il, était indépendante avant la période mandchoue. Le 29 décembre est férié : administrations et banques ferment, vérifiez l’ouverture des musées.
Le huitième Bogd Gegeen naît à Lhassa en 1869 et arrive enfant à Ourga en 1874. Troisième rang du bouddhisme tibétain après le dalaï-lama et le panchen-lama, il hérite de la lignée ouverte par Zanabazar. Aveugle à la fin de sa vie, il meurt le 20 mai 1924, à 54 ans.
Personne ne reconnaît cette indépendance. La Russie ne soutient qu’une autonomie. Le traité tripartite de Kiakhta, en 1915, l’entérine sous suzeraineté chinoise : à Ourga, on le vit comme une défaite. Fin octobre 1919, le général Xu Shuzheng entre à Ourga et fait abolir l’autonomie en novembre ; en février 1920, il contraint le Bogd à s’incliner devant lui. Fin 1920, après l’échec d’une première attaque du baron Ungern-Sternberg, le souverain est placé en résidence surveillée. En février 1921, Ungern chasse les Chinois et le réinstalle sur le trône le 22. En juillet, Sukhbaatar et l’Armée rouge entrent dans la capitale : la révolution de 1921 le laisse régner sans pouvoir. Le 26 novembre 1924, six mois après sa mort, la République populaire est proclamée ; la période socialiste commence. En 1926, le Grand Khoural interdit de rechercher une nouvelle réincarnation, prohibition durcie à la fin des années 1920.
L’ensemble (Богд хааны ордон музей, Bogd khaany ordon muzei) compte une vingtaine de bâtiments. La partie d’été (Ногоон ордон, Nogoon ordon, le « palais vert »), de style chinois, date de 1893-1903 et aligne sept temples. Le bâtiment européen de deux étages (Өвлийн ордон, Ovliin ordon) fut élevé ensuite, sur des plans offerts par Nicolas II. Contrairement aux monastères rasés lors des purges de 1937, il fut converti en musée dès les années 1920. On y voit environ 8 600 pièces : trône, thangkas, une yourte de cérémonie doublée de 150 peaux de léopard des neiges, les animaux naturalisés du Bogd et la parure de son éléphant. Une campagne de restauration engagée en 2022 porte sur trois temples : certains bâtiments peuvent être fermés à la visite.
Le musée est à environ 3 km au sud de la place Sukhbaatar, sur la route de Zaisan : 15 à 20 minutes en taxi hors embouteillage, un peu plus en bus. Comptez 1 h à 1 h 30 sur place. Entrée adulte de l’ordre de 8 000 tugriks, supplément photo bien plus cher que le billet : prévoyez des espèces. Vérifiez les horaires avant de partir : hors saison, le musée ouvre vers 10 h–17 h, dernière entrée 16 h 15, et ferme mardi et mercredi ; l’amplitude est plus large en été.
Trois déceptions reviennent. Les temples ne sont pas chauffés : en hiver, on grelotte. Les cartels sont rares et souvent en mongol seul ; sans guide ni lecture préalable, la visite se réduit à des vitrines poussiéreuses. Enfin, le supplément photo ne couvre pas l’intérieur des bâtiments. Enchaînez plutôt avec le temple-musée Choijin Lama, sauvé comme lui par sa conversion en musée.
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