Plus de deux siècles de tutelle mandchoue ont façonné la Mongolie que vous allez traverser : ses monastères, ses villes de garnison, sa méfiance envers Pékin.
Menacés par les Dzoungars de Galdan et divisés depuis la chute de l’empire mongol, les princes khalkha prêtent allégeance à l’empereur Kangxi lors de l’assemblée de Dolonnor, en 1691. Les Qing garantissent en échange leurs titres. La Mongolie intérieure, elle, s’était ralliée dès les années 1630.
Les Qing découpent la Khalkha en quatre аймаг (aimag, province) : Tusheet, Setsen, Zasagt et Sain Noyon Khan. Ils sont subdivisés en хошуу (khoshuu, bannière), environ 86 en Mongolie extérieure. Un Mongol ne pouvait en principe pas changer de bannière. Le сум (sum), échelon inférieur, devait fournir 150 hommes en armes. Deux ambans siègent à Их Хүрээ (Ikh Khuree, le grand campement monastique), la future Oulan-Bator ; un général mandchou tient l’ouest depuis Uliastai, garnison fondée en 1733 qui compta jusqu’à 3 500 soldats. Le traité de Kiakhta (1727) fixe la frontière russe.
Le bouddhisme structure alors toute la société. Zanabazar (1635-1723), premier Jebtsundamba, en est la figure fondatrice ; l’empereur Qianlong fera ensuite reconnaître un troisième Jebtsundamba tibétain, manière de couper la lignée khalkha. Vers 1920, le pays comptait environ 110 000 lamas, près d’un tiers de la population masculine. Amarbayasgalant résume l’ambiguïté : financé par l’empereur Yongzheng, il est bâti de 1727 à 1736 ; la dépouille de Zanabazar y fut transférée en 1779, avant de disparaître dans le saccage de 1937.
Le commerce du thé, du tabac et du grain passe par des maisons chinoises, souvent du Shanxi, qui vendent à crédit. Les intérêts doublent ou triplent la mise. En 1844, un marchand confiait au voyageur Évariste Huc que la dette mongole se transmettait d’une génération à l’autre. Une estimation, difficile à vérifier, chiffre l’endettement de 1911 à 30 millions de lan d’argent.
Les « nouvelles politiques » Qing de 1901-1910 ouvrent la Mongolie à la colonisation agricole et à l’impôt direct. C’est ce qui déclenche la rupture. L’amban Sando ne dispose que de 150 soldats. La fin de la tutelle est proclamée le 1er décembre 1911, et le huitième Jebtsundamba est intronisé Bogd Khan le 29 décembre. Seule Khovd résiste : la place tombe le 20 août 1912.
À Oulan-Bator, le palais d’hiver du Bogd Khan (1893-1903) et le temple Choijin lamyn sum (Чойжин ламын сүм, le temple du lama Choijin, 1904-1908) demandent une heure chacun ; comptez quelques milliers de tugriks l’entrée, à vérifier sur place. Le Musée national traite la période en une salle. Amarbayasgalant est à environ 350 km, 6 à 7 heures de route dont une trentaine de kilomètres de piste, mauvaise sous la neige ou après la pluie : comptez deux jours, plutôt de juin à septembre. À Khovd, les murs de terre de Сангийн хэрэм (Sangiin kherem, littéralement le rempart du trésor) tiennent encore debout par endroits. À Uliastai, il reste les soubassements du fort et un musée local.
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