Le Khovsgol n’a pas la profondeur historique de la vallée de l’Orkhon. Son passé écrit est récent, industriel et russe. Il explique l’allure de Khatgal.
La province a été créée en 1931. Elle abrite environ 135 000 habitants (estimation 2025) et plusieurs minorités bien présentes : au recensement de 2000, Darkhad 13,8 %, Khotgoïd 5,3 %, Ouriankhaï 2,6 %, Bouriates 0,84 %, Tsaatan 0,23 %. Les Darkhad, 21 558 personnes en Mongolie au recensement de 2010, occupent surtout la cuvette qui porte leur nom, à l’ouest du lac, où le chamanisme reste pratiqué. Les Tsaatan, éleveurs de rennes venus de Touva, n’étaient plus que 208 en 2020 contre 303 en 2000 ; ils ont la nationalité mongole depuis 1956.
Le nord du lac touche la Bouriatie. Turt, centre du district de Khankh, est à 22 km du poste-frontière de Mondy, mais à environ 280 km de Moron ; on y monte par la rive est, sur piste. Ce poste est bilatéral : en principe, seuls les ressortissants russes et mongols le franchissent. Vérifiez avant d’en faire une sortie vers le Baïkal. La frontière a longtemps été poreuse : en 1918, le partisan rouge Nestor Kalandarichvili, battu par les cosaques du Baïkal, campa deux semaines sur la rive orientale avant de repasser en Sibérie.
Khatgal naît en 1727 comme avant-poste de l’empire Qing. Vers 1910, c’est un bourg vivant du commerce avec la Russie. Une ligne télégraphique le relie à Mondy et à Ouliastaï en 1914 ; environ 150 colons russes y résident en 1921. Il devient chef-lieu de province en 1931 et perd le titre dès 1933 au profit de Moron. Sous la République populaire, le port travaille surtout dans un sens : les produits pétroliers soviétiques traversent le lac vers le sud, par bateau l’été et par une route de glace l’hiver. Une usine de traitement de la laine complétait l’économie.
On présente souvent Khatgal comme une escale de la route du thé. C’est inexact pour la grande route : l’axe Chine-Russie passait par Ourga et Kiakhta, loin à l’est, et le trafic caravanier s’est éteint en 1903 avec le Transsibérien. Khatgal vivait d’un commerce frontalier plus modeste. Sous l’URSS, ce qui traversait le lac, c’était du carburant.
L’arrêt des liaisons et la fermeture de l’usine de laine, après la transition démocratique, ont vidé le bourg : environ 7 000 habitants en 1990, 3 756 en 1994, 2 498 en 2000, 2 796 en 2006. Khatgal a perdu son statut de ville. Les bâtiments à l’abandon du bord de l’eau datent de là.
2007 est l’année charnière : réseau électrique, téléphonie mobile et un aérodrome, code HTM, piste en gravier de 2 400 m. Ses rares vols d’été ne sont pas garantis d’une saison à l’autre : en pratique, on prend l’avion jusqu’à Moron, lui aussi plus fourni en été. Vérifiez avant d’en dépendre. Le fret a cédé la place aux camps de yourtes de la rive ouest et à l’administration du parc national, installée au village.
Une demi-journée suffit à Khatgal : la berge, quelques bâtiments soviétiques, le bureau du parc. N’y cherchez pas un port pittoresque, c’est un village utilitaire à 1 666 m d’altitude. L’erreur classique est d’y réserver sa nuit : les camps sont 25 à 50 km plus au nord. Depuis Moron, comptez une centaine de kilomètres goudronnés et 2 à 2 h 30. Saison utile : mi-juin à début septembre.
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