Les ours et la sécurité en randonnée en Mongolie

La Mongolie abrite deux ours qui n’ont presque rien en commun. Au nord, dans la forêt, l’ours brun : хүрэн баавгай (khuren baavgai). Au sud-ouest, le мазаалай (mazaalai), ours du Gobi. Si vous préparez un trek, un seul des deux vous concerne.

L’ours brun de la taïga

C’est l’ours brun de Sibérie orientale (Ursus arctos collaris), dont l’aire descend jusqu’au nord de la Mongolie. Il vit dans les forêts du Khan Khentii, aire strictement protégée depuis 1992, autour du lac Khovsgol, où il côtoie l’élan, le loup et la zibeline, et jusque dans le nord de Gorkhi-Terelj. Les densités sont faibles et l’animal fuit l’homme : vous verrez au mieux des traces. Un point compte pourtant : cette sous-espèce est décrite comme peu craintive, capable de détruire toute réserve de nourriture mal protégée. Elle est active du printemps à l’automne, surtout à la fin de l’été quand les baies mûrissent — la pleine saison de trek.

Le mazaalai du Gobi : vous ne le verrez pas

Ursus arctos gobiensis est en danger critique : une étude génétique de 2021 en comptait une trentaine, les estimations restent sous quarante. Tous vivent dans la Grande réserve du Gobi (partie A, 46 369 km², créée en 1975), autour de trois ensembles d’oasis : Atas Bogd, Shar Khuls et Tsagaan Bogd. Le Gurvansaikhan, le Gobi de tous les circuits, n’en abrite aucun. La zone à ours se trouve plusieurs centaines de kilomètres plus à l’ouest, sans camp de yourtes, le long de la frontière chinoise, et exige un permis de zone frontalière. Aucune agence ne vous y emmènera voir un ours. Chasse interdite depuis les années 1950, nourrissage supplémentaire aux points d’eau depuis 1985, et 2024 déclarée année de la protection du mazaalai.

Le risque réel

Remettons-le à sa place. Un voyageur a bien plus de chances d’avoir affaire aux chiens de campement, aux tiques de la taïga entre mai et juillet ou à une sortie de piste qu’à un ours. Aucune statistique publique d’attaque d’ours en Mongolie n’est disponible. Sur les circuits classiques, la question ne se pose pas ; elle devient concrète en trek de plusieurs jours en forêt. Voir la sécurité générale.

Campement et nourriture

Ces règles ne coûtent rien et valent pour tout bivouac en forêt.

  • Cuisinez et mangez à cent mètres de la tente, jamais dedans.
  • Stockez la nourriture en sac fermé suspendu à plus de quatre mètres du sol, ou dans le véhicule : n’attendez pas de trouver un casier anti-ours.
  • Remportez tous les déchets : un reste enterré est un appât.
  • Ne plantez pas la tente sur un sentier de gibier, dans un fourré à baies ou près d’une carcasse.
  • Parlez fort en forêt dense, à l’aube et au crépuscule. Le vrai danger est la surprise.
  • Demandez aux éleveurs du coin : ils savent quelle vallée a eu de la visite cette année.

Ne comptez pas sur le spray anti-ours : il est interdit sur les vols commerciaux et ne se trouve guère dans les boutiques de trek d’Oulan-Bator.

Si vous croisez un ours

Arrêtez-vous. Ne courez pas, ne grimpez pas. Parlez calmement, faites-vous large, reculez lentement sans quitter l’animal des yeux. Ne passez jamais entre une femelle et ses petits, n’approchez pas pour la photo, ne lancez pas de drone. Si un ours brun va au contact, couchez-vous face contre terre, mains sur la nuque, et faites le mort ; ne ripostez que si l’attaque se prolonge. Le réseau est nul dans ces forêts : notez les numéros d’urgence avant de partir.

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