Au recensement de 2020, 3,2 % des Mongols se déclarent musulmans. Deuxième religion du pays, très loin derrière le bouddhisme (51,7 %) et les 40,6 % de sans-religion. Ces musulmans sont presque tous kazakhs, sunnites de rite hanafite, et regroupés dans un seul coin du pays.
Le Bayan-Ölgii (Баян-Өлгий), 45 700 km² coincés entre Russie et Chine, compte environ 109 000 habitants dont près de 93 % de Kazakhs. C’est le seul aimag à majorité musulmane, et le seul où l’on parle kazakh avant le mongol. Une minorité kazakhe vit aussi du côté de Khovd et à Nalaikh, faubourg minier d’Oulan-Bator qui concentre l’essentiel des musulmans de la capitale. Deux mots utiles : лалын шашин (lalyn chachin, l’islam) et лалын сүм (lalyn sum, la mosquée) ; en kazakh, mosquée se dit мешіт (mechit).
Les Kazakhs s’installent dans l’Altai mongol dès la fin du XIXe siècle ; l’aimag est créé en 1940. Les purges des années 1930 ont frappé la mosquée d’Ölgii comme les monastères bouddhiques : bâtiment détruit, imam exécuté. Tout redémarre après 1990. La mosquée Abu-Bakr Siddiq, rebâtie en 1992 sur fonds émiratis, fut la première de l’après-1990 ; un muftiat national existe depuis 2004. Entre 1990 et 1993, une vague de départs vers le Kazakhstan a vidé des villages entiers : les musulmans de Mongolie passent de 120 500 personnes en 1989 à 103 000 en 2000.
Les sources divergent : entre vingt et quarante lieux de prière, presque tous dans l’ouest. Ölgii en compte au moins quatre ; la principale, Abu-Bakr Siddiq, abrite aussi une madrasa. Comptez vingt minutes de visite, pas plus : c’est un lieu de culte de quartier, pas un monument. Demandez avant d’entrer, déchaussez-vous, épaules et genoux couverts, foulard pour les femmes, aucune photo pendant la prière — les règles usuelles. Le vendredi vers midi, abstenez-vous. À Oulan-Bator, la grande mosquée de Bayangol, chantier lancé en 2010, n’est ni achevée ni en service : inutile d’y aller.
Moins que vous ne l’imaginez. La pratique est discrète : peu de prières publiques, peu de voiles, de l’alcool en rayon. Une exception nette : à Ölgii, la vente d’alcool s’interrompt le vendredi, jour saint local — voyez les règles locales. Le porc est introuvable et la cuisine kazakhe tourne au mouton. L’accueil en yourte kazakhe ressemble à l’accueil mongol, en plus théïfié. Enfin, l’aimag vit à UTC+7, une heure de moins que la capitale : ce décalage piège régulièrement les vols et les rendez-vous.
Deux à trois vols hebdomadaires, davantage en été et vite complets, relient Oulan-Bator à Ölgii en 3 h environ, 100 à 160 € l’aller simple, tarif à vérifier ; par la route, 1 600 km et deux jours au mieux, souvent cinq. Sur place, l’organisation depuis Ölgii est simple, et l’ouest demande dix jours minimum. Saison utile : juin à début octobre, avec le festival de l’aigle d’or début octobre. Mauvaise nouvelle pour qui veut voir la religion vivante : d’ici 2030, ramadan et les deux aïd tombent entre janvier et mai (ramadan débute vers le 8 février 2027), donc hors saison touristique. L’erreur classique reste de venir chercher un « pays musulman » : l’islam est ici une identité kazakhe autant qu’une foi, et il cohabite sans heurt avec les croyances mongoles.
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