Avant les Xiongnu et Gengis Khan, la steppe s’est couverte de monuments de pierre. Les plus frappants sont des stèles gravées de cerfs stylisés : буган чулуун хөшөө (bugan chuluun khoshoo), pierre à cerfs. On en recense environ 1 500 en Eurasie, dont plus de 80 % en Mongolie.
Le bloc, souvent en granit, mesure 1,50 à 3 mètres ; quelques-uns dépassent 4. La face gravée regarde l’est. Trois registres : en haut, un trait oblique pour le visage et des cercles lus comme des boucles d’oreilles ou des astres ; au centre, des cerfs au museau d’oiseau, bois déroulés vers l’arrière ; en bas, une ceinture d’où pendent poignard, hache et arc. C’est un guerrier schématisé. Datation : entre 1400 et 600 av. J.-C. selon les sources. Ce ne sont pas des tombes mais des stèles de mémoire, proches des ovoo et du chamanisme.
Une stèle isolée est rare : elle appartient presque toujours à un ensemble avec des хиргисүүр (khirigsuur), tertres entourés d’une enceinte et de cairns satellites, parfois par milliers. Sous ces cairns : un crâne de cheval, des vertèbres, des sabots, tournés vers le soleil levant. Une étude parue en 2026 dans le Journal of Field Archaeology n’a relevé sur deux khirigsuur aucune trace de découpe ni de foyer : le banquet funéraire sur place est remis en cause. Les дөрвөлжин булш (dorvoljin bulsh), tombes en dalles, sont plus tardives, vers 1100 à 300 av. J.-C., surtout à l’est.
En septembre 2023, l’UNESCO a inscrit quatre ensembles : Khoid Tamir, Jargalantyn Am et Urtyn Bulag dans l’Arkhangai, Уушигийн өвөр (Uushigiin ovor), « le versant sud », dans le Khovsgol. Méfiez-vous des agences qui le datent des années 2010 : ce n’était alors que la liste indicative. Pour ces noms, voyez les toponymes mongols.
Le site est à 20 km à l’ouest de Moron : route de l’aéroport, puis piste, trente minutes. Quatorze stèles alignées sont clôturées et légendées en anglais ; le complexe en compte une trentaine, avec khirigsuur et tombes en dalles autour. La plus célèbre porte un visage humain sculpté, cas rarissime. Des os de cheval prélevés là ont été datés au radiocarbone du XIIIe au IXe siècle av. J.-C. L’entrée tourne autour de 3 000 tugriks, moins d’un euro, encaissée par la gardienne de la yourte voisine. Comptez une heure. Moron est à environ 1 h 15 de vol d’Oulan-Bator, sur le chemin du lac Khovsgol.
La vallée du Khoid Tamir, dans les soums d’Ikh Tamir et de Battsengel, réunit une centaine de stèles, dont Tsatsyn Ereg, fouillé de 2006 à 2015 par une mission Monaco-Mongolie. Depuis Tsetserleg, l’asphalte va jusqu’à Ikh Tamir, puis quinze kilomètres de piste ; le rocher de Taikhar Chuluu est sur le chemin. Jargalantyn Am, vallée du Khanui, est le plus grand d’un seul tenant : 28 stèles et environ 1 400 structures rituelles, sans panneau ni sentier. Sans chauffeur local, impossible à trouver.
De juin à septembre les pistes passent ; sinon, l’état des routes décide de tout. Un 4x4 avec chauffeur reste nécessaire. Déception classique : on imagine Stonehenge, on trouve des blocs d’un mètre cinquante dans l’herbe. Venez tôt ou tard : la lumière rasante révèle les gravures. Ne montez pas dessus, ne les mouillez ni ne les craiez. Ramasser un éclat est illégal : voyez ce qu’on peut sortir du pays. Le musée national donne le contexte.
À voir aussi : l’archéologie en Mongolie · les stèles turques de Khoshoo Tsaidam · la Mongolie avant Gengis Khan.
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