Les stèles de Khoshoo Tsaidam

À une cinquantaine de kilomètres au nord de Kharkhorin, deux blocs de pierre gravés au VIIIe siècle portent parmi les plus anciens textes connus en langue turque. Le site s’appelle Khoshoo Tsaidam. De loin, un bâtiment bas dans la steppe. De près, une archive politique de treize siècles.

Deux frères, deux monuments

Le premier complexe honore Kul Tegin, prince et chef militaire du second khaganat turc, mort le 27 février 731. Son frère Bilge Khan fait élever la stèle en 732 : un bloc de pierre de 3,75 m, gravé en écriture vieux-turque sur trois faces et en chinois sur la quatrième. Le texte chinois fut commandé par l’empereur Tang Xuanzong, qui envoya six artisans. Le second complexe s’élevait un kilomètre plus loin : Bilge Khan (683-734), empoisonné le 25 novembre 734, reçut une stèle de 3,80 m, 71 lignes de turc, érigée en 735 par son fils Tengri Kagan.

Le texte n’est pas une formule funéraire. Il raconte les origines des Turcs, leur soumission à la dynastie Tang, puis la reconquête de l’indépendance. Bilge Khan y met son peuple en garde contre la soie et les titres chinois. C’est une voix de la steppe quatre siècles et demi avant Gengis Khan. L’écriture, dite runiforme, se lit de droite à gauche. Redécouvert par l’expédition russe de Nikolaï Iadrintsev en 1889, le texte a été déchiffré en 1893 par le Danois Vilhelm Thomsen.

Où sont les stèles aujourd’hui

Les deux originaux sont regroupés dans un musée bâti sur le site en 2008 avec l’agence turque TIKA ; des copies occupent les emplacements d’origine. On y voit des statues et des fragments des temples funéraires. La tête sculptée de Kul Tegin, trouvée par le Tchèque Lumir Jisl en 1957-1958, n’est pas ici : elle est au musée national, à Oulan-Bator. Ne comptez pas sur une documentation en français.

Y aller depuis Kharkhorin

Aucun transport public ne dessert le site. On part de Kharkhorin, où l’on arrive en bus ou en minibus depuis Oulan-Bator, puis on loue un 4x4 avec chauffeur pour la demi-journée. Comptez une heure à une heure trente de piste à l’aller ; l’état des pistes décide du reste, un gros orage peut doubler ce temps. Beaucoup enchaînent avec les ruines ouïgoures de Khar Balgas, à une vingtaine de kilomètres.

Durée, saison et budget

Sur place, quarante-cinq minutes à une heure suffisent. Avec la route et Khar Balgas, prévoyez une demi-journée pleine, à caser dans les trois à cinq jours que demande la vallée de l’Orkhon, classée à l’UNESCO en 2004. La bonne saison va de mai à septembre ; en dehors, le musée peut être fermé ou le gardien absent. L’entrée se compte en quelques milliers de tugriks, à confirmer sur place. Le vrai poste reste le véhicule : la journée de 4x4 avec chauffeur tourne autour de 300 000 MNT hors carburant, 80 à 130 € tout compris. Voir nos exemples de prix.

Ce qui déçoit

Sans préparation, vous verrez deux pierres grises gravées. Le site ne se raconte pas tout seul : lisez les inscriptions avant de venir, ou emmenez un guide. Deuxième déconvenue, arriver en fin de journée et trouver porte close. Troisième, confondre Khoshoo Tsaidam avec Erdene Zuu, qui n’a rien à voir. Enfin, les stèles de Tonyukuk, près d’Oulan-Bator, sont antérieures, vers 716 : Khoshoo Tsaidam n’est pas le premier texte turc. Nos erreurs fréquentes dans la vallée et nos pistes de logement complètent la préparation.

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