Dans l’est du pays, entre le Dornod, le Sukhbaatar et le Khentii, se joue l’une des dernières grandes migrations d’ongulés de la planète. Elle n’a rien du spectacle réglé du Serengeti, et c’est ce qui la rend difficile à voir.
La migratrice de la steppe orientale est la gazelle de Mongolie, Procapra gutturosa, aussi appelée zéren ou gazelle à queue blanche. La gazelle à queue noire, Gazella subgutturosa, est une autre espèce : elle vit dans le Gobi. Les brochures confondent souvent les deux : vérifiez de quelle espèce parle votre agence, et recoupez avec la fiche faune de Mongolie.
Le recensement le plus complet, mené au sol en 2019-2020 sur 79 % de l’aire mongole et publié dans Oryx en 2024, donne environ 2,1 millions d’animaux en Mongolie, soit 99 % de l’espèce, et une trentaine de milliers en Russie. C’est environ 50 % de plus que l’estimation de 2005, et les auteurs jugent leur chiffre plutôt sous-évalué. Les valeurs plus anciennes, autour d’un million, circulent encore dans les brochures. L’espèce ne suit aucun couloir fixe : elle va vers la pluie et l’herbe verte, sur plus de 1 000 km par an à travers la steppe orientale.
Le Transmongolien, ouvert en janvier 1956, est bordé de barbelés des deux côtés et coupe la steppe en deux. Durant l’hiver 2015-2016, plus de 5 300 gazelles sont mortes le long de la voie : gelées, percutées ou prises dans les fils. En 2019, un essai a ouvert un peu plus d’un kilomètre de brèches, où des centaines de gazelles ont été filmées ; le dispositif reste expérimental. Un nouveau tronçon, Choibalsan–Khuut–Bichigt, 415 km, lancé en juillet 2022, doit traverser leur territoire.
Deux aires protégées concentrent les observations : Toson Khulstai (469 928 ha, 1998, à cheval sur le Dornod et le Khentii) et Dornod Mongol (570 374 ha, 1992), qui couvre la steppe de Menen. Dornod Mongol relève de la catégorie la plus stricte du droit mongol : circulation et bivouac y sont réglementés, renseignez-vous avant de partir. La période la plus sûre est la mise bas, de mi-juin à juillet : des milliers de femelles se regroupent sur les mêmes terrains. Le reste de l’été, les hardes sont petites et dispersées. En hiver elles grossissent beaucoup, mais il faut assumer -30 °C et des pistes enneigées.
Choibalsan est à environ 700 km d’Oulan-Bator par la route. En avion, environ 1 h 15, quelques rotations par semaine seulement : vérifiez les jours avant de figer un itinéraire. Par la route, via Öndörkhaan (rebaptisée Tchinggis en 2013), comptez une très longue journée. De Choibalsan, Dornod Mongol demande encore environ 200 km de piste, 5 à 6 heures. Prévoyez 5 à 7 jours, un 4x4 avec chauffeur (de l’ordre de 300 000 MNT par jour, environ 70 €, carburant et frais du chauffeur en sus) et du matériel de bivouac ou des nuits chez des éleveurs. Aucun camp de yourtes touristique sur place.
Personne ne peut vous garantir un grand troupeau : les gazelles suivent la pluie, pas un calendrier. Elles fuient loin à l’approche d’un véhicule : sans jumelles ni téléobjectif, vous ne verrez que des points beiges à l’horizon. Ce voyage vaut pour la steppe elle-même et pour l’animal ; si vous cherchez un site spectaculaire, cherchez ailleurs.
Meilleure période · Distances routières · Observer les oiseaux
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