Avant Gengis Khan, trois empires nomades se sont succédé sur l’Orkhon. Ils ont laissé les plus anciens textes écrits de la steppe, une capitale en ruine, et des noms de lieux que vous lirez tout au long du voyage.
Le premier khaganat turc naît en 552, fondé par le clan Ashina. Il se disloque, passe sous tutelle chinoise, puis renaît en 682 : ce second khaganat tient jusqu’en 744. Les Ouïgours prennent alors le relais et gardent l’Orkhon jusqu’en 840, quand les Kirghiz de l’Ienisseï rasent leur capitale. Entre les Xiongnu et les Khitans, cette séquence comble le trou de la Mongolie avant Gengis Khan.
Dans le sum de Khashaat, à 45 km au nord de Kharkhorin par la piste, se dressent les stèles de Khoshoo Tsaidam, monuments de Kul Tegin (mort en 731) et de son frère Bilge Khagan (mort en 734). Repérées en 1889 par Nikolaï Iadrintsev, elles furent déchiffrées en 1893 par le Danois Vilhelm Thomsen : ce sont, avec celles de Tonyukuk, les plus anciens écrits connus en langue turque. Le musée, ouvert le 28 juin 2011 avec l’aide de la coopération turque, abrite les originaux de cinq à six tonnes ; des copies restent plantées dans le champ. La couronne en or de Bilge Khagan (fouilles 2001-2003) n’est pas ici, mais au Musée national, à Oulan-Bator. Entrée autour de 5 000 tugriks, à vérifier ; 9h-18h du 1er mai au 1er octobre, 9h-17h en semaine seulement hors saison. Une heure et demie suffit.
Хар балгас (Khar balgas), « les ruines noires », fut la capitale ouïgoure d’Ordu-Baliq, fondée en 744 sur 32 km². Il en reste des murailles de terre, la citadelle et un stupa ; les faubourgs sud et ouest ont été labourés. Sans guide, on ne voit que des bosses : l’intérêt est l’échelle, pas les monuments. Une inscription trilingue (vieux-turc, sogdien, chinois) y a enregistré l’adoption du manichéisme par les Ouïgours dans les années 760. Le site est dans le sum de Khotont, à 30 km de Karakorum.
Le complexe de Тоньюкук (Tonyukuk), deux stèles portant 62 lignes, érigé vers 716-730, se trouve à 66 km au sud-est d’Oulan-Bator, dans le sum d’Erdene : la sortie la plus facile, une demi-journée aller-retour en taxi. La stèle de Bugut, gravée en sogdien vers 584 pour Taspar Khagan, est exposée au musée d’aïmag de Tsetserleg. Celle de Tariat, dressée entre 753 et 760 par le khan ouïgour Bayanchur près du lac Blanc, est partie à Oulan-Bator : sur place, rien à voir.
La couche turque affleure partout. Хархорин (Kharkhorin), Karakorum, vient du turc kara korum, « pierraille noire ». Балгас (balgas), « ville en ruine » en mongol, est un emprunt au vieux-turc balïq, « ville fortifiée » : vous le lirez sur les cartes d’un bout à l’autre du pays. хөшөө (khoshoo) veut dire « stèle ». Ordu, le camp du souverain, a donné Ordu-Baliq, le mongol ордон (ordon, palais) et notre mot « horde ». L’Ötüken des inscriptions, montagne sacrée des Turcs, est situé dans le Khangaï.
Oulan-Bator–Kharkhorin : 370 km d’asphalte, six à sept heures de bus, autour de 40 000 tugriks — à revérifier sur place. De là, les 45 km de piste vers Khoshoo Tsaidam imposent un 4x4 avec chauffeur. Comptez deux à trois jours pour enchaîner les stèles, Erdene Zuu et la vallée classée. Saison utile : mai à septembre ; hors de cette fenêtre, pistes et horaires deviennent aléatoires.
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